lundi 18 juillet 2016

Prédication du dimanche 17 juillet 2016 - Marc chap. 1, v. 40 à 2, v. 12


 Un lépreux s’approche de lui ; il le supplie et tombe à genoux en lui disant : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Pris de pitié, Jésus étendit la main et le toucha. Il lui dit : « Je le veux, sois purifié. » A l’instant, la lèpre le quitta et il fut purifié. S’irritant contre lui, Jésus le renvoya aussitôt. Il lui dit : « Garde-toi de rien dire à personne, mais va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit : ils auront là un témoignage. » Mais une fois parti, il se mit à proclamer bien haut et à répandre la nouvelle, si bien que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais qu’il restait dehors en des endroits déserts. Et l’on venait à lui de toute part.
 Quelques jours après, Jésus rentra à Capharnaüm et l’on apprit qu’il était à la maison. Et tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte. Et il leur annonçait la Parole. Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes. Et comme ils ne pouvaient l’amener jusqu’à lui à cause de la foule, ils ont découvert le toit au-dessus de l’endroit où il était et, faisant une ouverture, ils descendent le brancard sur lequel le paralysé était couché. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » Quelques scribes étaient assis là et raisonnaient en leurs cœurs : « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? » Connaissant aussitôt en son esprit qu’ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous ces raisonnements en vos cœurs ? Qu’y a-t-il de plus facile, de dire au paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien de dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? Eh bien ! afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… » – il dit au paralysé : « Je te dis : lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison. » L’homme se leva, il prit aussitôt son brancard et il sortit devant tout le monde, si bien que tous étaient bouleversés et rendaient gloire à Dieu en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil ! »

2 guérisons de plus ! Déjà au chapitre 1, Marc nous a fait le récit de la guérison d'un homme possédé d'un esprit impur, il nous a rapporté le soulagement de la fièvre de la belle-mère de Simon, puis plus globalement il nous a raconté comment Jésus guerissait les malades de divers maux et qu'il chassait beaucoup de démons.

Aujourd'hui, dans cette fin du chapitre 1 de l'évangile et au début du chapitre 2 – 2 récits de miracles de plus.

La première histoire est celle d'un homme – lépreux – donc impur. Cet homme vient seul et de lui-même voir Jésus. La scène est celle d'un tête à tête. Nous sommes dans l'intimité. Jésus le guérit d'une parole forte, pleine d'autorité : « Je le veux sois pur » - puis de manière surprenante Jésus demande le silence à cet homme – « garde toi de ne rien dire à personne ». Et il invite ce lépreux guérit à accomplir les rites de puretés voulus par la loi. Alors de manière un peu surprenante l'évangéliste Marc souligen que Jésus s'énerve – Jésus s'emporte contre lui. Le lépreux est guéri mais manifestement pour le Christ cela suscite en lui une insatisfaction voire un mouvement de violence – 1ère histoire.

Puis quelques jours après nous dit l'évangéliste – arrive le deuxième événement. Là, il y a une foule, une foule tant nombreuse que quatre hommes qui portent un paralytique n'ont d'autre choix que de passer par le toit de la maison pour amener cet homme à Jésus. Là encore Jésus a une parole d'autorité – une double parole : il dit d'abord le pardon de Dieu : « mes enfants tes péchés sont pardonnés » - et devant la réaction des scribes qui l'accusent de blasphème, Jésus insiste « je te le dis, lève toi, prends ton grabat et retourne chez toi ». La répétition de Jésus souligne combien cette fois-ci Jésus assume, combien il va jusqu'au bout de cette guérison là, alors que tout à l'heure quelque chose le gênait.

Deux guérisons tout en contraste l'une avec l'autre. L'une est de l'ordre de l'intime, la deuxième de l'ordre du grand public. Lors de la première, Jésus souhaite la discrétion, il y a une notion de secret qui se dit là ; lors de la deuxième il accepte la confrontation au public et il joue même sur le spectaculaire de la guérison. Dans le premier temps, Jésus invite le lépreux guérit à respecter la loi de Moïse, et les prêtres en appliquant les prescriptions de la loi, lors de la deuxième il entre en contestation frontale avec les scribes. La première suscite de l'emportement chez Jésus, la deuxième semble plus pleinement assumée.

Je crois que ces éléments de contraste nous appellent à être attentif à la différence fondamentale entre ces deux gestes de Jésus – une différence qui se trouve comme toujours dans la parole qui les accompagne.

Dans le premier événement – le lépreux est purifié ; dans le deuxième événement – le paralytique est pardonné. Purifié – pardonné. Nous avons là deux registres bien différents, bien distincts. Arrêtons nous un instant.

La purification, c'est ce qui fait passer de l'impur au pur – c'est une action humaine. La loi de Moïse donne les recettes à tout à chacun qui se retrouverait en situation d'impureté pour redevenir pur. Il y a pour certains cas des bains de purification, pour d'autres cas des temps de jeunes, etc. Tout être déclaré « impur » peut redevenir « pur » par le biais d'un rituel.

La lèpre est un des cas où « ce redevenir pur » est impossible. Le lépreux est impur tant qu'il est malade. La purification est donc un rite religieux mais un rite qui parle de quelque chose d'un lien social. Ceux qui sont impurs sont mis à l'écart, séparés de ceux qui sont purs. Il y a là une division sociale ou sociétale dirait-on aujourd'hui. Ainsi, le lépreux purifié retrouve sa place dans la société dont il était exclu tant qu'il était impur. Et en tant que tel, pour retrouver sa place, il doit effectuer ce que la société attend de lui - on comprend alors que Jésus lui demande de respecter les rituels de pureté qui seront validés par les prêtres.

Purification pour le premier événement, venons en au second avec cette notion autrement plus compliquée qu'est le pardon. Le pardon c'est aussi une action humaine – nous sommes tous capables de pardon. Mais c'est une action qui s'enracine en Dieu. Dans un certain sens, les scribes ont raison de dire que seul Dieu peut pardonner les péchés d'un homme. C'est vrai.

Ce qu'ils oublient c'est que nous avons tous à témoigner de ce pardon de Dieu dans nos vies. Nous avons tous à donner à voir ce pardon de Dieu. Ce témoignage dans le texte ce sont les quatre porteurs du paralytique qui le donnent. L'évangéliste Marc écrit que Jésus « voyant leur foi » va annoncer le pardon au paralytique. C'est, je crois, la seule fois dans l'évangile où Jésus voit la foi de quelqu'un. Nous avons bien là un témoignage qui est donné.

Jésus a vu la foi des porteurs. Il n'y a pourtant pas de guérison par la foi – c'est bien Jésus qui sauve. Mais la foi est cependant attendue parce que la guérison n'a de sens que comme et pour le rétablissement d'une relation. Il ne s'agit plus d'une relation sociale, comme dans le cas de la pureté – mais de la relation à Dieu. Le pardon est annoncé et il guérit en ce que la relation à Dieu est rétablie, grâce à la foi des quatre porteurs, grâce à la parole de Jésus.

Pureté d'une part, pardon d'autre part, la différence entre ces deux événements est de taille. Au point que je me demande si derrière la purification et le pardon il n'y a pas deux manières différentes de comprendre la religion et même deux manières de voir le monde.

Pour être un tenant de la pureté, de la purification il faut nécessairement, toujours, être dans le jugement – qui est pur et qui ne l'est pas. Il faut bien une norme, une loi, qui fait la différence, la séparation, la coupure nette entre le pur et l'impur. La religion n'est alors comprise que comme la pratique nécessaire pour devenir pur puis à rester en état de pureté.

La religion est alors, oui, un maintient dans une certaine pureté. Alors bien entendu le mot de pureté peut faire sourire ou blesser, on peut alors en changer – à la place de la pureté on peut parler de sainteté. Ça fait moins archaïque la sainteté que la pureté, mais ça fonctionne pareil il s'agit de devenir saint ou de se maintenir en état de sainteté.

Voir le monde en terme de pureté c'est voir le monde en division, en opposition, dans un rapport à l'autre qui n'est que frontal. L'impur c'est le rejeté, celui qui n'est pas comme les membres de la communauté, du clan, l'exclu, celui du dehors. Quand on pense en terme de pureté – les pur c'est souvent nous, et les impurs sont souvent les autres. Aujourd'hui les purs sont les chrétiens et les impurs sont les islamistes

Ce fonctionnement de pureté ou de sainteté – ce fonctionnement d'une religion en jugement de nos comportement et nos actes, je ne crois pas que ce soit l'évangile. C'est bien la loi de Moïse et le Christ s'y soumet. Quand on lit qu'il s'emporte c'est peut être bien parce que ça lui fait violence. L'évangile n'a rien a voir avec cette pureté ou cet état dans lequel il faudrait se situer en opposition au reste du monde.

La logique du pardon n'est pas la même – avec le pardon il ne s'agit pas de devenir « pardonné » comme on pourrait devenir pur. Il ne s'agit pas de changer d'état. Le pardon n'efface pas le pécheur.

Ainsi le pasteur Bonhoeffer écrivait : «  Dieu est venu jusqu'à toi, pécheur, pour te sauver. Réjouis-toi ! En te disant la vérité, ce message te libère. Devant Dieu, tu ne peux pas te cacher. Le masque que tu portes devant les hommes ne sert à rien devant lui. Dieu veut te voir tel que tu es pour te faire grâce. Tu n'as plus besoin de te mentir à toi-même et de mentir aux autres en te faisant passer pour sans péché ; non, ici il t'est permis d'être un pécheur, remercie Dieu »

La logique du pardon c'est bien celle d'être à la fois pécheur – même si on aime pas ce mot - et à la fois pardonné. Car il n'y a que le pécheur qui a besoin de pardon. Le pardon n'efface pas le pécheur. Quelques versets plus loin, dans ce même chapitre 2 de l'évangile de Marc le Christ dira qu'il n'y a que les malades qui ont besoin de médecin, dès lors qu'on se croit sans péché, on a plus besoin de pardon – le péché est la condition du pardon, et c'est bien notre condition, à partir de laquelle la bonne nouvelle appelle une transformation.

Voir le monde en terme de pardon, ce n'est plus penser en terme de confrontation comme le fait le registre de pureté. C'est penser en terme de transformation, une transformation comme une guérison. Alors faut-il le préciser, quand je parle de Pardon, ce n'est pas de l'innocence ;c'est voir effectivement que le monde est soumis au mal, que nos vies sont soumises au mal et que nous avons besoin d'autre chose – une autre chose qui ne s'oppose pas frontalement à ce que nous sommes, mais une autre chose qui est de l'ordre d'une parole d'amour, qui transforme, qui vient dire une espérance, qui pose une lumière dans les ténèbres.
Si, le registre de la pureté ne peut engendrer que de la violence,. Même Jésus s'emporte dans l'évangile, le pardon est condition d'une paix choisie et voulue. Par contre, je voudrai être bien clair ici, parler aujourd'hui de pardon ce n'est pas dire qu'il faut pardonner aux criminels – dans une pensée gentille qui nierait l'existence du mal. Ainsi, je crois que le pardon d'un crime est toujours impossible quand celui ou celle ou ceux qui auraient du pardonné ont été mis à mort. Quand les victimes sont mortes elles ne peuvent plus pardonner. A moins que le pardon soit anticipé, comme sur la croix, le Christ a dit « pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font » mais ce pardon là est assez exceptionnel.

Je ne parle donc pas de ce pardon là qui n'appartient qu'à Dieu, mais ce que je veux donner à entendre c'est que, musulmans ou chrétiens, notre humanité est la même – imparfaite mais aimée par Dieu – pécheurs appelé à vivre du pardon. Que nous n'avons pas à nous combattre les uns les autres mais qu'il nous faut combattre ensemble le mal qui nous ronge.

Il y a un peu plus d'une génération déjà, le pasteur Martin Luther King le disait : « L'obscurité ne peut changer l'obscurité, seule la lumière le peut. La haine ne peut chasser la haine, seul l'amour le peut » ces paroles témoignent de la logique de transformation du pardon, elles témoignent de la bonne nouvelle.

Les attaques terroristes de Nice, celles d'avant, et leur nombre est tel qu'on ne peut en faire la liste, les attaques terroristes nous montrent cruellement combien le registre de la pureté tant à gagner sur celle du pardon aujourd'hui. On voit combien les clivages semblent plus important à souligner et à tenir que que les Paroles de transformation qui appellent à un changement radical. La violence répond à la violence, la haine répond à la haine. Après une attaque il faut surenchérir et frapper plus fort. Quand bien même se faisant nous produisons plus de violence.

Nous nous comprenons comme les purs – d'innocentes victimes- et les terroristes sont les impurs. Dans la même logique, nous pouvons être surs que ces fous sont convaincus du contraire qu'ils se pensent eux en terme de pureté et que, pour eux, nous sommes, nous les impurs.

Sortir du jugement. D'une guérison à l'autre, l'évangile nous invite à changer notre manière de voir – ne pas se situer dans un rapport à la religion, au monde, à l'autre qui soit un clivage du pur et de l'impur. Mais entendre que toute la volonté de Dieu se tend pour transformer toute notre humanité par son pardon.

Passer du registre de la pureté au registre du pardon – dans ce passage je crois se dit le dynamisme de l'évangile, de la bonne nouvelle. La pureté conduit à la mort, le pardon à la vie.

En toutes circonstances, même les pires : « Choisis la vie » !
A Dieu seul soit la gloire

mercredi 13 juillet 2016

Prédication du dimanche 10 juillet - Evangile selon Marc, chap. 1, v. 21 à 39

Ils pénètrent dans Capharnaüm. Et dès le jour du sabbat, entré dans la synagogue, Jésus enseignait. Ils étaient frappés de son enseignement, car il les enseignait en homme qui a autorité et non pas comme les scribes. Justement il y avait dans leur synagogue un homme possédé d’un esprit impur ; il s’écria : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. » Jésus lui commanda sévèrement : « Tais-toi et sors de cet homme. » L’esprit impur le secoua avec violence et il sortit de lui en poussant un grand cri. Ils furent tous tellement saisis qu’ils se demandaient les uns aux autres : « Qu’est-ce que cela ? Voilà un enseignement nouveau, plein d’autorité ! Il commande même aux esprits impurs et ils lui obéissent ! » Et sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de Galilée.
Juste en sortant de la synagogue, ils allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André. Or la belle-mère de Simon était couchée, elle avait de la fièvre ; aussitôt on parle d’elle à Jésus. Il s’approcha et la fit lever en lui prenant la main : la fièvre la quitta et elle se mit à les servir.
Le soir venu, après le coucher du soleil, on se mit à lui amener tous les malades et les démoniaques. La ville entière était rassemblée à la porte. Il guérit de nombreux malades souffrant de maux de toutes sortes et il chassa de nombreux démons ; et il ne laissait pas parler les démons, parce que ceux-ci le connaissaient.
Au matin, à la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s’en alla dans un lieu désert ; là, il priait. Simon se mit à sa recherche, ainsi que ses compagnons, et ils le trouvèrent. Ils lui disent : « Tout le monde te cherche. » Et il leur dit : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, pour que j’y proclame aussi l’Évangile : car c’est pour cela que je suis sorti. » Et il alla par toute la Galilée ; il prêchait dans leurs synagogues et chassait les démons.

Marc nous invite à suivre Jésus le temps d'un sabbat, à Capharnaüm. Le temps d'un sabbat, l'évangéliste nous rapporte trois récits de guérison. Le matin un esprit impur qui est chassé, exorcisé d'un anonyme de la synagogue de Capharnaum. Ensuite, le midi sans doute, à la sortie de la synagogue : une fièvre de la belle-mère de Simon qui est apaisée, et le soir venu la guérison de foules anonymes : malades et démoniaques. Au terme de ces trois récits, la journée s'est écoulée, et le lendemain Jésus poursuit sa route pour aller par toute la Galilée.

Un sabbat avec trois miracles. Notons le tout de suite, ces trois courts récits de miracle sont très différents les uns des autres :

Le premier a pour cadre une synagogue, nous sommes dans un lieu religieux. Le malade – un homme - est décrit comme possédé par « un esprit impur » - Jésus impose le silence à cet esprit et le chasse – l'homme est guérit.

Le deuxième récit de miracle a lieu dans une maison, nous sommes dans un cadre privé, à domicile. La belle-mère de Pierre – une femme - a de la fièvre. Ici il n'y a ni esprit mauvais ni démon – une simple fièvre. Jésus la remet debout, elle est guérit.

La troisième histoire de guérison c'est sur la place publique qu'elle a lieu. Après le lieu religieux, la maison, on est dehors. Il n'y a plus un homme ou une femme malade mais une foule de malade ; de nombreux malades – et là il est question de démons.

Nous avons donc là au commencement de l'évangile, trois récits de guérisons variés, tellement variés que ça ne peut pas être innocent. Trois cadres différents : le religieux, le privé, le public, trois sortes de malades : un homme, une femme, une foule. Différents maux : des esprits impurs, une simple fièvre, des démons. C'est comme si Marc nous donnait un échantillon des guérisons opérées par Jésus, un échantillon de la diversité des guérisons. Or bien que très diverses, ces guérisons ont quand même un fil conducteur. Un double fil conducteur même.

1er aspect : Au v. 21 il est écrit que Jésus enseignait, au v. 27 les fidèles de la synagogue devant le miracle disent : « voilà un enseignement nouveau, plein d'autorité ». et au v. 38 Jésus dit lui-même « allons ailleurs dans les bourgs voisins pour que j'y proclame aussi l'évangile, c'est pour ça que je suis sorti » enfin au v. 39 c'est l'évangéliste Marc qui fait le lien très nettement : « Jésus alla par toute la Galilée ; il prêchait dans les synagogues et chassait les démons »

Nous avons trois récits de guérisons, d'exorcisme, de miracle, et ces trois récits sont liés à l'enseignement de Jésus. De manière forte, l'évangéliste fait le lien entre la guérison et l'enseignement. Ce n'est pas pour rien que ces trois miracles ont lieu pendant le sabbat – le jour où la communauté s'assemble pour entendre la parole de Dieu à travers la Torah et les prophètes.

Ainsi, le premier aspect du lien de ces trois récits de guérisons c'est l'enseignement, c'est la prédication de l'évangile. Le miracle n'a de sens que parce qu'il permet une parole. Le miracle est le prétexte d'une Parole qui en elle-même a plus d'importance que le geste miraculeux.

Le deuxième aspect plus symbolique encore et très diffus dans le texte il est dans la relation de Jésus avec le mal.

D'abord, au v. 24 il nous est dit que le démon reconnaît Jésus – il le reconnaît comme le saint de Dieu – c'est un titre très fort que jamais un juif n'aurait pu utiliser. Dans le judaïsme – Dieu seul est saint. Ensuite au v. 34 il est encore écrit que Jésus « ne laissait pas parler les démons, parce que ceux-ci le connaissaient ». Notons ce trait qui n'est pas anodin : Ce n'est pas Jésus qui connaît les démons, mais, pour l'évangéliste, ce sont bien les démons qui le connaissent. Jésus est connu des forces du mal auxquelles il s'oppose par la parole.

Le mal ce n'est pas une idée, ce n'est pas un concept qui dans une opposition philosophique s'opposerait au bien. Le mal pour l'évangéliste Marc c'est d'abord la souffrance. Cette souffrance peut être liée aux démons, au démoniaque, c'est la pensée d'une époque, mais pas nécessairement ; ainsi, la fièvre de la belle-mère de Simon n'a pas d'origine. Et de même quand l'évangéliste fait le sommaire de l'activité de guérison de Jésus il dit bien : « il guérit de nombreux maux de toutes sortes, et il chassa de nombreux démons ».

Les maux, les souffrances n'ont pas pour seule origine les démons – les maux sont de toutes sortes. Le mal c'est d'abord la souffrance quelqu'en soit la cause, cause réelle ou imaginée. Les miracles de Jésus viennent en opposition à cette souffrance – nous avons là un combat – ce n'est pas le bien qui s'oppose au mal, mais c'est la Parole qui s'oppose au mal. La Parole : l'enseignement de Jésus, la prédication.

Trois récits de miracles au commencement de l'évangile selon Marc, le temps d'un sabbat à Capharnaüm. Trois récits qui sont liés par le même fil conducteur. 1er trait de ce fil conducteur : Ces miracles sont des prétexte à une parole, à un enseignement. La Parole est toujours plus importante que le geste miraculeux. Car 2ème trait de ce fil conducteur, c'est bien la Parole que Jésus oppose au mal, c'est la Parole qu'il annonce face à la souffrance, une Parole agissante, qui relève, redonne vie. Le miracle n'est donc que l'expression de la victoire de la parole sur le mal.

A travers ces texte, l'évangéliste Marc nous livre quelques éléments pour nous aider à tracer le portrait de Jésus. Il est celui qui enseigne dans la synagogue, il est le Saint de Dieu, il est celui qui a autorité sur les esprits impurs, sa renommée grandit dans toute la Galilée ; humble il est capable d'entrer dans la maison d'une femme pour la relever, il est en mouvement – il ne sera resté qu'une journée à Capharnaüm pour ensuite aller dans les bourgs voisins.

Mais fondamentalement, cet homme c'est le porteur de la Parole qui aura la victoire sur le mal. Un homme à la suite duquel les disciples, les malades guéris, les souffrants relevés sont invité à marcher. Marcher à la suite du Christ, entrer dans la lutte de la Parole contre le mal. Car oui, si à travers ces trois récits de miracle le portrait de Jésus se dessine, c'est aussi pour nous une invitation à la mission : enseigner avec autorité, guérir généreusement, rester dans le mouvement pour porter la bonne nouvelle dans les lieux religieux, dans les maisons, sur les places publiques.

Au commencement de cet évangile, Marc nous fait le récit d'une journée, d'un sabbat miraculeux – ce n'est pas pour nous raconter des événements du passé, ce n'est pas pour nous raconter une belle histoire, pour nous donner quelques infos ou quelque news. Une fois encore l'évangile n'est pas le récit journalistique des faits et gestes de Jésus.

Mais à travers ces textes, l'évangéliste Marc trace le portrait du Christ de Dieu, de l'homme témoin de la Parole qui veut nous entraîner à sa suite, et faire de chacun de nous des témoins de la Parole. Nous pouvons tous entrer dans la mission de Dieu : la lutte de la Parole contre le mal. Quand bien même cette lutte peut sembler fragile, perdue d'avance, ou surréaliste, c'est à ce témoignage et à cette mission que nous sommes appelés.

Exemple de cette lutte de la parole contre le mal. Notre église participe ces jours ci à une opération baptisée : « Exilés, l'accueil d'abord ! » . Certains auront peut-être vu la citation de l'évangile selon Matthieu au chap. 25 v. 35 qui a été affichée dans la vitrine par décision du conseil presbytéral. C'est une opération nationale, conjointe de la fédération protestante de France, de l'église protestante unie, de la fédération de l'entraide protestante, et de l'association coexister.

Face l'afflux de migrants, face aux morts sans nombre en méditerranée, l'église n'a pas de solution toute faite – mais l'église a à dire une parole, une parole de vie, une parole qui relève, une parole qui rappelle que nos vies ne valent pas plus pas moins que celles de ces enfants, femmes, et hommes qui meurent en mer ou qui sont entassés dans des camps de misère. Oui là aussi très concrètement il faut lutter contre le mal par une parole de bénédiction, quelques soient les discours ambiants de peur et de rejets de l'autre, quelques soient les refus de voir et de comprendre.

Oui, l'évangéliste Marc trace le portrait du Christ de Dieu, de l'homme témoin de la Parole qui veut nous entraîner à sa suite, et faire de chacun de nous des témoins de la Parole. Oser la Parole. Nous pouvons tous entrer dans la mission de Dieu : la lutte de la Parole contre le mal. Oser la Parole, oser dire et vivre la bénédiction sur nos prochains comme sur toute l'humanité.

samedi 9 juillet 2016

Prédication du dimanche 3 juillet - Evangile selon Marc, 1 v. 1 à 20

Commencement de l’Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu : Ainsi qu’il est écrit dans le livre du prophète Esaïe, Voici, j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer ton chemin. Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés. Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés. Jean était vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Celui qui est plus fort que moi vient après moi, et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés d’eau, mais lui vous baptisera d’Esprit Saint. »  
Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. A l’instant où il remontait de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit, comme une colombe, descendre sur lui. Et des cieux vint une voix : « Tu es mon Fils bien-aimé, il m’a plu de te choisir. » 
Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert. Durant quarante jours, au désert, il fut tenté par Satan. Il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient.
Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l’Evangile de Dieu et disait : « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Evangile. » Comme il passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter le filet dans la mer : c’étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » Laissant aussitôt leurs filets, ils le suivirent. Avançant un peu, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, qui étaient dans leur barque en train d’arranger leurs filets. Aussitôt, il les appela. Et laissant dans la barque leur père Zébédée avec les ouvriers, ils partirent à sa suite.

« Commencement de l'évangile de Jésus Christ, fils de Dieu ».
Voilà les premiers mots de l'évangile selon Marc – cet évangile nous l'ouvrons aujourd'hui et nous allons le suivre jusqu'à Pâques. Lecture continue, toutes les prédications que je donnerai jusqu'à la résurrection du Christ dérouleront le récit évangélique – exception faite pour la fête de Noël.

« Commencement de l'évangile de Jésus Christ, fils de Dieu ».
Les 20 premiers versets du texte de l'évangile que j'ai lu sont marqués, déjà, par la construction d'un effacement de la personne de Jésus. La construction d'un effacement pour que résonne l'évangile, la bonne nouvelle.

Un effacement car dans le texte que nous avons entendu, il est question d'Esaïe, de Jean le Baptiste, de Simon et André et de Jacques et Jean. Autant que de Jésus. Oui, Jésus lui est nommé au commencement, puis il est nommé au moment de son baptême et de sa tentation - mais c'est tout. Le nom de Jésus n'apparaît que cinq fois dans les 20 premiers versets – A titre de comparaison le nom de Jean le baptiste apparaît quatre fois. L'évangile semble parler autant du Baptiste que du Christ.

Je parle de la construction d'un effacement, car je crois que l'auteur de l'évangile construit cette mise en retrait de Jésus – il veut dire quelque chose par cet effacement – il y a là quelque chose qui peut nous parler. La construction de cet effacement peut je crois nous dire deux choses : d'abord cela nous parle sur ce qu'est l'évangile et ce qu'il n'est pas. Mais également cela peut nous parler sur qui est Jésus, qui est Jésus pour l'évangéliste Marc, sur qui il peut être pour nous.

Cet effacement nous parle de ce qu'est l'évangile et ce qu'il n'est pas – très rapidement. Quand on ouvre le texte biblique, il faut nous souvenir que l'évangile n'est pas une vie de Jésus. L'évangile n'est pas un récit historique qui concernerait un personnage historique. L'évangile c'est une invitation à la foi qui concerne le Christ vivant. Plus qu'un récit historique nous avons là le témoignage d'une foi naissante.

Commencement de l'évangile de Jésus Christ, fils de Dieu. Le texte biblique nous invite pas à faire mémoire d'une histoire mais bien à entrer dans le dynamisme de Dieu. Car si Jésus s'efface au commencement de l'évangile c'est, je crois, pour laisser transparaître le dynamisme de Dieu.

Au cœur de ces versets que j'ai lu, la prédication de Jésus est rapportée« Le temps est accompli, ou Le moment fixé est arrivé ; le Règne de Dieu s'est approchez Convertissez vous ;  croyez en l’Evangile ». Une prédication très brève.

La formule est tellement brève qu’on ne peut pas, à véritablement parler de prédication ou d’enseignement, Le Christ témoigne d’une invitation à croire, d’une invitation à la confiance, d’une foi donnée. Mais pour l’instant sa parole est juste de l’ordre d’une interpellation, d’une invitation ; L’enseignement viendra après, plus tard. Pour le moment, Jésus vient tout juste d’être baptisé il commence son ministère, par un appel à la foi et déjà il appelle des disciples à le suivre.

Pour le dire de manière synthétique, entendre l'évangile ou être disciple : ce n'est pas suivre des prédications ou des cours, mais suivre le Christ ; il ne s’agit non pas d’entendre un enseignement, mais d’entrer dans la confiance. Ce qui constitue le disciple n’est pas le fait d’être un élève et d'apprendre une histoire sainte pour savoir citer les écritures avec référence chapitres et versets. Mais il s'agit de se placer à la suite du Christ et, à sa suite, de risquer la confiance. L’évangile n’est pas une bonne et sainte doctrine, l’évangile est bien plus un art de vivre à la suite du Christ. Il y a là dans ce qu’on appelle la suivance la véritable raison d’être des disciples.

Et nous l’entendons aujourd'hui, cette suivance est d’abord un abandon. Pour venir à la suite de Jésus, pour s’éloigner avec lui, pour le suivre, il faut laisser là ce que l’on a. Ainsi Grégoire le grand, l’un des quatre premiers docteurs de l’église catholique avec Ambroise de Milan, Saint Augustin, et Saint Jérome, Grégoire le grand, au VIème siècle commentait l'appel des disciples en écrivant  :

« Il a beaucoup laissé, celui qui n’a rien retenu pour lui ; il a beaucoup laissé celui qui a tout abandonné, même si c’est peu de chose. Nous, ce que nous possédons nous le conservons avec passion, et ce que nous n’avons pas nous le poursuivons de nos désirs. Oui, [Simon] et André ont beaucoup laissé, puisque l’un comme l’autre ont abandonné jusqu’au désir de posséder. Ils ont beaucoup abandonné, puisqu’en renonçant à leurs biens, ils ont aussi renoncé à leurs convoitises ».
Et Grégoire le grand terminait en disant : « En suivant le Seigneur, ils ont renoncé à tout ce qu’ils auraient pu désirer s’ils ne l’avaient pas suivi »[1].

Cette parole date du VIe siècle, en l’entendant on a du mal à réaliser que Grégoire le grand, au VIe siècle ne connaissait pas notre société capitaliste de consommation et notre frénésie de possession. « Abandonner ce que nous possédons et renoncer à la convoitise… » que faudrait-il dire aujourd’hui ? Que faudrait-il dire alors que nous n’existons que parce que nous avons, parce que nous possédons.

Suivre le Christ, c’est donc abandonner ce que l’on a ou ce que l’on pourrait désirer, pour croire, c'est-à-dire pour trouver en Christ le seul sens de sa vie. Vous comprenez qu’on est déjà mille lieux d’un disciple qui reçoit simplement un enseignement d’un maître. 

Mais ensuite, suivre le Christ, après l’abandon de la mise en route c’est toujours se déplacer, bouger, se mettre en mouvement. Le disciple qui suit le Christ n’a pas rendez vous chaque jour à chaque heure au même endroit, comme dans une école. Ainsi les maîtres de l’antiquité avaient-ils l’habitude d’enseigner toujours au même endroit :  on peut penser, par exemple, aux jardins de l’académie de Platon dans la banlieue d’Athènes, où pendant 4 siècles après Platon l’enseignement de sa philosophie va avoir lieu.  Le maître avait fondé une école pour ses disciples, un lieu précis, un endroit où se retrouver.

Le Christ lui ne s’arrête pas de bouger – l’évangile nous le dit : il n’a pas de lieu ou reposer sa tête. On ne le réalise pas toujours, mais l’évangile n’arrête pas de nous montrer un Christ qui marche, qui monte dans une barque, qui va au désert, qui ne s’arrête chez quelqu’un que pour mieux en repartir, Un Christ qui entre dans les villes pour en ressortir trois versets plus loin. Pour ne tenir que les 20 premiers versets que j'ai lu : le Christ est passé au désert, il est allé en Galilée, puis il est retourné au désert, puis il est revenu en Galilée – des aller et venus incessants.

Oui, le Christ, bouge sans arrêt, il est en marche et qui n’aura de cesse de cheminer jusqu’à Jérusalem. Aussi, du même coup suivre le Christ c’est toujours se déplacer avec lui, bouger avec lui, se mettre en mouvement à sa suite. La foi est essentiellement une dynamique, ou mieux la foi est une participation au dynamisme de Christ, un participation au dynamisme de Dieu manifesté en Christ.

La foi est dynamique, changement, mouvement, déplacement : Ainsi André Gounelle écrivait que « La foi nous rassure et nous surprend ; elle nous implante et nous transporte, elle nous fait sortir de nous-mêmes pour retrouver la vérité profonde inscrite en nous »[2].

L’évangile ne nous montre pas un Christ qui marche sans cesse pour nous donner le tournis. Non. Mais il nous montre un cheminement à suivre dans la liberté et dans l’amour, un cheminement qui commence par l’abandon de tout ce que nous avons pour dire notre identité.

Très concrètement : à la suite du Christ nous ne sommes pas notre couleur de peau, nous ne sommes pas notre nationalité, nous ne sommes pas notre statut social, nous ne sommes pas notre professions, nous ne sommes pas notre santé – qu’elle soit fragile ou en pleine forme, nous ne sommes pas même nos engagements au sein de l’église. Tout ça : notre bénévolat même dans l’église, notre santé, notre profession, notre statut social, notre nationalité ou notre couleur de peau, tout ça est de l’ordre de l’avoir, de la possession – et c’est ce qu’il faut savoir abandonner pour être à la suite du Christ.  

Pour essayer de dire  ce disciple qui bouge à partir d’un abandon, pour donner une image de la foi qui envoie et mobilise, l’apôtre Paul dans sa deuxième lettre aux corinthiens utilisera l’image de l’ambassadeur : « Nous faisons donc fonction d’ambassadeur pour Christ ». L’ambassadeur c’est celui qui accepte d’abandonner, de quitter, de partir de chez lui, pour porter l’identité de celui qui l’envoie : être ambassadeur du Christ.

Ce n’est pas simple, c’est sans doute jamais définitif et il y a bien souvent des résistances face à cet appel : Etre mis en mouvement dans la confiance pour témoigner de la Parole. Je le disais être disciple de Jésus aujourd’hui est encore possible. Etre pécheur d’homme disait Jésus : vous l’avez compris il ne s’agit pas de s’enfermer mutuellement dans le filet d’une communauté resserrée sur elle-même, il ne s’agit pas même d’avoir un statut ou une place à part…

Bien plus, il s’agit d’aller à la suite du Christ, de renoncer à fonder notre identité dans toutes nos possessions ; savoir sortir de nous-mêmes, pour avoir confiance et pour donner confiance à nos contemporain dans une grâce à laquelle rien ne peut faire obstacle. Se mettre en marche à la suite du Christ, donner confiance, vivre l’espérance aujourd’hui.

Ne pas s’accrocher à nos avoirs, nos biens, ceux que nous possédons ou ceux que nous désirons – mais s’ouvrir à une parole qui peut nous mettre en marche dans le dynamisme de Dieu manifesté en Christ.

Ces 20 premiers versets de l'évangile construisent un effacement de la personne de Jésus pour laisser la place au dynamisme de la confiance en la Parole. Cela nous dit deux choses oui l'évangile est invitation à la confiance et dans cette confiance invitation à trouver la paix, et le Christ n'est pas un maître à vénérer en ce qu'il aurait une autorité doctrinale absolue, mais dans le tâtonnement de nos vies il est un chemin tracé, un chemin de confiance et de paix, un chemin pour chacune de nos existences.

Amen.


[1] L’évangile médité par les pères – Marc, p. 17
[2] A. Gounelle, parler du Christ, p. 104

samedi 4 juin 2016

Prédication sur 1 Rois 17, 17 à 24 - la résurrection du fils de la veuve de Sarepta

Prédication prononcée ce sabbat 4 juin à l'Eglise Adventiste de Béziers
1 Rois 17, 17 à 24
Voici ce qui arriva après ces événements : le fils de cette femme, la propriétaire de la maison, tomba malade. Sa maladie fut si violente qu’il ne resta plus de souffle en lui.
La femme dit à Elie : « Qu’y a-t-il entre moi et toi, homme de Dieu ? Tu es venu chez moi pour rappeler ma faute et faire mourir mon fils. » Il lui répondit : « Donne-moi ton fils ! » Il le prit des bras de la femme, le porta dans la chambre haute où il logeait, et le coucha sur son lit. Puis il invoqua l’Eternel en disant : « Eternel, mon Dieu, veux-tu du mal même à cette veuve chez qui je suis venu en émigré, au point que tu fasses mourir son fils ? »
Elie s’étendit trois fois sur l’enfant et invoqua l’Eternel en disant : « Eternel, mon Dieu, que le souffle de cet enfant revienne en lui ! »
L’Eternel entendit la voix d’Elie, et le souffle de l’enfant revint en lui, il fut vivant.
Elie prit l’enfant, le descendit de la chambre haute dans la maison, et le donna à sa mère ; Elie dit : « Regarde ! Ton fils est vivant. » La femme dit à Elie : « Oui, maintenant, je sais que tu es un homme de Dieu, et que la parole de l’Eternel est vraiment dans ta bouche. »

Un récit de résurrection pour ce matin. Quand, Chrétiens, nous parlons de résurrection la première qui vient à nos esprits comme une évidence, c’est celle de Jésus. Quand on réfléchi, un peu plus, on pense aussi, également à Lazare, dans l’évangile selon Jean. Ou plus proche du texte entendu encore, on peut penser à la résurrection du fils de la veuve à Naïm, rapportée dans l'évangile selon Luc (chap. 7). Si je cite ces textes, c'est qu'il faut dire qu’il n’y a pas tant que ça de récits de résurrection dans les écritures. On peut aussi penser dans le nouveau testament à Eutyque, ce jeune homme qui s’endort en écoutant une prédication de l’apôtre Paul assis sur le bord de la fenêtre de la chambre haute, et qui tombe de trois étages. Dans le premier testament les récits sont encore moins nombreux. Élie est un des rares prophètes a etre acteur de résurrection, Elisée le sera après lui comme c'est rapporté au chap. 4 et au chap. 13 du deuxième livre des rois. 
Bref il n’y a pas tant que ça de récits de résurrection et pourtant chaque récit de mort ressuscité vient dire quelque chose qui lui est propre ; la résurrection prend avec chaque texte un sens particulier, une coloration particulière. Ainsi, de manière centrale, la résurrection du Christ est au fondement de notre foi – le Seigneur est vivant. La résurrection de Lazare, elle vient dire que l’amitié du Seigneur est plus forte  que la mort. A Naïn la résurrection est une force de consolation. Je pourrai reprendre chacun des textes déjà cités. 
Chaque texte, chaque résurrection, vient donner un enseignement particulier sur un sens possible de la résurrection. Aussi je voudrais nous inviter à nous arrêter, ce matin, sur ce texte, peut-être un peu moins connu du premier livre des Rois. Ce texte dans lequel le prophète Élie ressuscite le fils d'une veuve de Sarepta. Car je crois que ce texte vient dire quelque chose de fondamental pour la prédication chrétienne, pour l’annonce de l’évangile aujourd’hui.
Aussi pour bien entendre ce texte, il faut me semble-t-il dans un premier temps le remettre dans son contexte, ensuite entendre ce qu’il veut nous dire sur la résurrection mais pas seulement, et enfin, dans un troisième temps le recevoir pour nourrir notre témoignage à l’évangile, à la bonne nouvelle.


1- Je commence donc par la mise en contexte de ce texte. Nous sommes avec le chapitre 17 du premier livre des rois, sur la première apparition du prophète Elie. Au v. 1 du chapitre 17 c’est même la première fois que le nom d’Elie le Tishbite apparaît – il est présenté comme habitant de Galaad – ce nom désigne en même temps  une région et une ville les deux étant située au nord-est de Jérusalem par-delà le Jourdain. 
Galaad est un point de départ pour suivre Elie qui parcourt le pays. Et le texte du livre des rois résume ses voyages souvent en une formule lapidaire qui ne nous permet pas de réaliser le périple que fait Elie. Ainsi au v. 1 il est en Samarie puisqu’il parle au roi Achab, au v. 3 il part au ravin de Kerith qui est à l’Est du Jourdain puis au v. 8 il est envoyé a Sarepta qui est une ville de la côte méditérannéenne au nord du lac de génnéraseth – bref en 8 versets le prophète a fait au minimum de 200 km, faut-il le rappeler à pied ou au mieux à dos d’ane. 
Quand donc au v. 9 du chapitre 17 il est dit qu’Elie va habiter à Sarepta on peut entendre sans doute un peu de soulagement de pouvoir faire une pause un peu conséquente après ces périples. Intervient alors, à Sarepta la rencontre avec la veuve et son fils. Une veuve qui n’a que très peu et qui le reçoit dans son dénuement, avec un peu de farine et un peu d’huile. Mais avec ce peu, et avec la parole de l’Eternel, cela suffit : cruche de farine ne se videra, jarre d’huile ne désemplira – la veuve, le fils, et l’hôte qui s’est invité ont de quoi manger, ils ont tous de quoi vivre. 


2- C’est alors que survient le drame – et nous arrivons au texte que j’ai lu. J'en arrive à mon deuxième point. Le texte lu qui est marqué par la brutalité de l'événement : La mort du fils. Cette mort est l’issue d’une violente maladie dit le texte biblique. Le souffle de vie n’est plus dans le jeune homme. De fait la mère dit à Elie : « tu es venu chez moi pour rappeler ma faute et faire mourir mon fils ». Elle comprend la mort de son fils comme la conséquence d’une parole du prophète, une parole qui accuse, une parole qui rappelle la faute, une parole qui fait mourir. 
La mort du fils est rappelons le aussi une mise à mort de la mère. Encore aujourd’hui on le sait, une mère ne se remet jamais de la mort d’un de ses enfants, c’est une blessure vive, terrible. Mais à cette douleur qui existe quelque soit les siècles, il faut ajouter que, socialement, une femme mille ans avant la naissance du Christ n’existe que par les hommes. Cette femme déjà était veuve, la seule chose qui pouvait lui donner une existence sociale, économique, citoyenne, etc. c’était son fils, et celui-ci meurt. 
Son passé est le deuil, son présent  est le deuil, et il n’y a plus d’espérance. En plus de la douleur de la perte d’un enfant, cette femme n’est plus rien, socialement, économiquement, civilement sa vie n’a plus de sens. 
Oui la mort du fils est aussi une mise à mort de la mère. Aussi, quand la veuve dit à Elie « tu es venu chez moi pour me rappeler ma faute et faire mourir mon fils » elle porte contre lui une terrible accusation d’avoir employé une parole qui fait mourir, qui la fait mourir, qui a fait mourir son fils.
Entendant cette parole, Elie prend le fils et il s’adresse à Dieu – il prie. Il prie et dans sa prière il met Dieu en cause de la mort du fils : « Eternel, mon Dieu, veux-tu du mal même à cette veuve chez qui je suis venu en émigré, au point que tu fasses mourir son fils ? ». Notons le ce n’est pas la veuve qui accuse Dieu de la mort de l’enfant – elle accuse Elie, et Elie renvoie l’accusation à Dieu. 
Il y a là toute une chaine de culpabilité – soulignons là. La veuve accuse Elie de lui rappeler sa faute – c’est-à-dire qu’elle accuse Elie de l’accuser elle – et c’est pour elle la cause de la mort de l’enfant. Du coup, Elie qui est accusé, dans la prière accuse Dieu à son tour d’être responsable de la mort de l’enfant. C’est alors qu’intervient le miracle – Elie s’étend sur l’enfant trois fois – en répétant la même formule : « Eternel, mon Dieu, que le souffle de cet enfant revienne en lui ! ». Et le souffle revient, et l’enfant revient à la vie. 
Alors Elie rend son fils à sa mère et celle-ci déclare : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que la parole de l’Eternel est vraiment dans ta bouche » une formule que l’on peut aussi traduire en disant « que la parole de l’Eternel dans ta bouche est vérité ». C’est très fort ! Le miracle, la résurrection, vient ici casser la chaine de culpabilité, l’enchainement des accusations. Le retour à la vie de l’enfant fait passer la veuve d’une parole d’accusation à une parole de vérité. 
Dans ce texte, la résurrection permet à la femme de passer de sa première parole : « Tu es venu chez moi pour rappeler ma faute et faire mourir mon fils » à sa dernière parole : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que la parole de l’Eternel dans ta bouche est vérité ». 
La résurrection du fils est le miracle d’un retour du souffle dans le corps du jeune homme qui passe de la mort à la vie, mais c’est aussi le miracle pour la veuve d’une parole qui passe de l’accusation, une parole sans Dieu, à une parole de vérité qui s’enracine en Dieu. Il y a dans ce texte non seulement une résurrection mais aussi une conversion. Oui je crois que dans ce texte la veuve de Sarepta, devant la souffle redonné à son fils, devient une femme de foi. 
Pour entendre cela je crois qu’on peut souligner un détail du texte. Au début du  chap. 17 quand la veuve parle à Elie, au v. 12 par exemple elle dit « par la vie du Seigneur ton Dieu je n’ai rien de prêt », et au v. 24 elle dit que la parole du Seigneur dans ta bouche est vérité – elle ne dit plus du Seigneur ton Dieu, c’est comme si la résurrection du fils lui avait permis de s’approprier Dieu. Comme si dans le tragique de l'événement et dans le miracle de la résurrection : le Dieu du prophète est devenu le sien. 

3- Un récit de résurrection pour ce matin. Je le disais en commençant, chaque texte biblique vient donner un enseignement particulier sur un sens possible de la résurrection. Aussi je crois que ce texte vient dire quelque chose de fondamental pour la prédication chrétienne, pour l’annonce de l’évangile aujourd’hui. Ce trait fondamental est dans la parole, dans le passage de parole, dans le changement de parole de la mère. Une parole qui est dynamique, mise en mouvement ; une parole qui passe de l'accusation a la vérité ; une parole qui passe de la culpabilité qui rappelle la faute, a une parole qui donne la vie en Dieu. Ce changement de parole je crois, nous avons tous à l'entendre, tous à le vivre. 
« Tous » en tant que croyant, « tous » en tant qu'église aussi. Car avant d'entendre l'évangile, avant d'entendre la bonne nouvelle, nous sommes tous des experts comptables de la culpabilité – pour celles et ceux qui sont torturés il y a la comptabilité de nos propres fautes ; pour celles et ceux qui se pensent au-dessus de la mêlée, un peu meilleur que les autres, il y a la comptabilité des fautes des autres. Et il y a ceux qui cumulent, les experts comptables en faute personnelles et celles des autres. Mais que ce soit nos propres fautes, ou celles des autres, nous en sommes tous des experts comptables. Mais cette comptabilité de culpabilité, elle ne peut conduire qu'à la mort. 
Et dans le texte c'est très fort, alors même que par la parole du prophète, Dieu donne la vie, en faisant en sorte qu'ils aient à manger au moment de la famine – le fils meurt et la femme comprend ça comme la conséquence de ses fautes. Même devant un Dieu qui la nourrit miraculeusement pour lui donner à vivre, la veuve croit que la mort est le châtiment de sa faute. Il faut qu'elle sorte de là pour entendre que Dieu veut la vie, et qu'il veut la vie en vérité. Ça semble être une évidence, l'Eternel n'a pas fait en sorte que cette famille soit nourrie pour que ce fils meurt. Là n'est pas le projet de Dieu. Et pourtant ce n'est pas évident à entendre. 
Du coup ça veut dire que le projet de Dieu n'est pas dans la comptabilité des fautes des uns ou des autres, ou de ses propres fautes. Le projet de Dieu est de nous sortir de la culpabilité pour nous donner à vivre, à vivre en abondance. Nous sortir de la culpabilité, nous entrainer avec lui, nous déplacer. On peut alors se souvenir, qu'il n'est pas anodin que le prophète ait parcouru 200 km a pied en quelques versets, la parole est une parole de changement, de déplacement.
La résurrection est toujours une parole de vie sur la mort. Une parole que nous avons tous à entendre – dans notre relation à Dieu. Car par la résurrection du Christ, nous touchons là à quelque chose de fondamental. La résurrection n'est pas un détail de l'histoire ou une option à une confession de foi. Oui il nous faut entendre la parole de la résurrection. 
Cela veut dire qu'en Église nous avons aussi besoin d'entendre que nos relations n'ont pas à être de l'ordre de la culpabilité et de l'accusation, mais de donner du souffles aux frères et aux s?urs, donner du souffle, rendre souffle à ceux qui semblent ne plus en avoir. C'est vrai dans nos églises et c'est vrai entre nos églises. Nous avons a être les uns pour les autres des hommes et des femmes de Dieu, des êtres de chair et de sang, des êtres mortels, qui sommes capables de redonner souffle, de ressusciter, de donner à vivre. Faire sortir de la culpabilité qui enferme pour ouvrir à la liberté des enfants de Dieu. Faire sortir d'une logique d'expert comptable de la faute pour donner à être dans la joie des filles et fils du père, donner à entrer dans le dynamisme de Dieu, se mettre en marche avec Dieu. 
Etre en église témoin de résurrection, être entre nos églises, témoins ensemble de résurrection. Je crois que notre monde en a besoin, et quand je dis notre monde, il commence ici notre monde, avec nous : nous en avons besoin. Nous en avons besoin quand nos vies ne semblent plus être que des chiffres, quand l'horizon semble bouché, quand le manque d'espérance en l'avenir fait ressurgir les démons politiques du passé. 
Oui notre monde commence ici dans chacune de nos vies – chaque fois que la peur, la culpabilité, la faute, la mort semble l'emporter ; il faut se souvenir que le Christ est ressuscité, que là est le fondement de notre foi, que le Christ est vainqueur. Ça veut dire très certainement que la peur doit laisser place à la joie, que la culpabilité s'efface dans le pardon de Dieu, que la faute n'est rien comparé à l'amour, et que la mort est derrière nous car nous sommes vivants d'une vie éternelle en Dieu. Entrer dans le dynamisme du Dieu vivant. Dans la joie, le pardon, l'amour et la vie se trace l'espérance du monde, se trace le royaume du père qui nous est promis et donné à vivre dès ici bas. 
Un récit de résurrection pour ce matin – une parole dynamique, qui nous invite à passer de la mort à la vie. Le prophète Élie ressuscite le fils d'une veuve a Sarepta. C'est un événement d'il y a 3000 ans. Mais la parole de cette résurrection est encore pour nous aujourd'hui, une parole a vivre pour en témoigner. Notre Dieu n'est pas le comptable de nos fautes, il est le souffle qui nous met au large et nous donne à vivre sous l'horizon de sa grâce. 

Au Christ seul soit la gloire. Amen