dimanche 16 avril 2017

Roule la pierre, souffle la liberté... Prédication du dimanche de Pâques - MARC, chap. 16, 1-8

Evangile selon Marc, chap. 16, v. 1 à 8

Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller l'embaumer. Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil étant levé. Elles se disaient entre elles: "Qui nous roulera la pierre de l'entrée du tombeau?" Et, levant les yeux, elles voient que la pierre est roulée; or, elle était très grande. Entrées dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d'une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur.
Mais il leur dit: "Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié: il est ressuscité, il n'est pas ici; voyez l'endroit où on l'avait déposé. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre: Il vous précède en Galilée; c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit. Elles sortirent et s'enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

Là où est l’esprit du Seigneur, là est la liberté. Amen. 

La pierre a été roulée, quand bien même elle était très grande. Un homme apparaît aux femmes venues embaumer un mort pour annoncer la vie. Le Christ vous précède en Galilée. Une belle parole – le Christ vous précède en Galilée - le ressuscité est à la fois chez vous et au-devant de vous. Il vous invite à repartir dans vos vies, mais il  vous ouvre à l'avenir, il vous ouvre à la liberté. 
Le Christ est mort, et il est ressuscité : il est vraiment ressuscité ! Il s’est échappé du tombeau, il s’échappe de toute main mise et il ouvre l’avenir. Les femmes se retrouvent face au vide du creux du rocher : il faut qu’elles sortent, elles s’enfuient nous dit Marc, Elles s’enfuient tremblantes et bouleversées car là, dans cette liberté infinie du Christ vivant, là se dit quelque chose de la responsabilité ineffable du croyant.
Dans un beau livre publié en ce début d’année 2017, intitulé : vivre la liberté, le pasteur James Woody qui sévit d'ordinaire à Montpellier, écrit : 
« La liberté est un processus infini. Il ne suffit pas d’avoir été libéré une fois pour être libre à jamais. Il ne suffit pas de s’être engagé dans la voie d’une vie libre pour l’être effectivement. L’histoire de Jésus et de ses disciples montre que ce chemin de liberté est un chemin infini. De même que Jésus est insaisissable, qu’il échappe aussi bien à la foule qui veut le retenir, qu’à Marie qui voudrait l’embaumer, il échappe aux discours qu’on tient à son sujet, il ne se réduit pas à ce que le jugement du Sanhédrin peut en dire » (p. 185)
Fin de citation «Vivre la liberté », pasteur James Woody un livre publié au Cerf – je ne peux que vous en recommander la lecture.  
Ainsi la résurrection affirme dans l’histoire le souffle de la liberté infinie de Dieu. La résurrection clôt le récit de la vie de Jésus, mais c’est une clôture qui est, paradoxalement, une ouverture infinie au souffle de la liberté de Dieu dans un premier matin de Pâques. Le Christ ressuscité est insaisissable : à la fois chez nous et au-devant de nous, il nous invite à inscrire la bonne nouvelle dans nos vies, et il nous ouvre l’avenir dans une totale liberté. 
Pâques, faut-il le rappeler, avant que ne meure le Christ crucifié attaché au bois, et avant que le soleil ne se lève ce matin à la tombe, Pâques c’était déjà le passage – pâques PESSAH en hébreu veut dire passage – passage de la maison de servitude à la liberté, passage de l’esclavage en Egypte à la marche au désert marche vers la terre promise, Pâques c’était déjà ce passage, cette ouverture de liberté pour le peuple choisi par l’Eternel de toute éternité – ce dont témoigne le livre de l’Exode dans nos Bibles. 

Pâques : souffle la liberté

Avec la sortie d’Egypte, avec le Christ ressuscité nous sommes à l’origine de ce processus infini. Double origine de la liberté, car l’origine n’est jamais simple : quand vous ouvrez le livre de la Genèse, il y a deux récits de la création – dans la Bible Dieu créé le monde deux fois, car dans la répétition se dit l’insistance mais aussi l’affirmation redoublée que nous n’avons pas la main mise sur nos origines, qu’elles nous échappent, que tout ça n’est pas l’objet d’un savoir, mais qu’il y a là une parole à entendre – deux paroles redoublées, une parole redoublée pour celles et ceux qui ont deux oreilles. 
Avec la sortie d’Egypte, avec le Christ ressuscité nous sommes à l’origine de la liberté que Dieu veut pour nous. Pour nous, pour chacune, pour chacun de nous – c’est ce que vient affirmer le sacrement du baptême que nous avons célébré ce matin. Etre baptisé, c’est accepter d’être au bénéfice de cette ouverture à la liberté que Dieu veut pour nous, pour chacune, pour chacun. Recevoir le baptême c’est se placer sous l’inspiration de Dieu, sous le souffle de Dieu, et c’est être ici et maintenant un artisan du Royaume de Dieu, avec ses fragilités mais aussi avec la force de son espérance. Fragilité et force de l’enfant qui reçoit le baptême sans rien comprendre. 

Et pourtant là, souffle la liberté. 

Un grand théologien protestant du siècle dernier, Karl Barth, disait du baptême qu’il est « un acte d’espérance ». Un acte d’espérance : là où il n’y a pas d’espérance, il n’y a pas de liberté. L’espérance ouvre la vie vers l’avenir, et vers l’au-delà des limites que nous connaissons à nos vies. Elle transforme nos vies présentes, par la liberté donnée, en les orientant vers le service de Dieu et des autres. 
On dit parfois que le baptême est « une porte d’entrée de l’église », ça me gêne toujours un peu car cette image dessine un dedans et dehors - or le Christ a lutté pour affirmer que Dieu est autant dehors que dedans, et dans l’évangile : la prédication, le miracle, le témoignage, tout le ministère de Jésus a eu lieu autant dehors que dedans les synagogues et le temple. Et à la fin, le tombeau est ouvert, il n’y a pas de lieu pour enfermer ni Dieu ni Christ.  
Le croyant, le Chrétien est ainsi témoin de quelque chose qui dépasse l’église, qui dépasse la communauté croyante ; le souffle de la liberté abolit les frontières, les murs et les clotures, ce souffle qui ouvre le tombeau à Pâques laisse nos portes ouvertes. Oui, si le baptême est une porte d’entrée de l’église, il est alors une porte éternellement ouverte, une porte ouverte au milieu d’autres portes – d’autres manière de croire, d’autres manière de vivre, d’autre manière de dire sa foi. 
Oui, l’église doit être un lieu ouvert pour que souffle la liberté de la résurrection, la liberté de Pâques. 

Dans l’église : souffle la liberté 

Oui, nos églises doivent être des lieux de liberté. Si j’affirme ici que la porte du baptême est une porte éternellement ouverte, il ne s’agit pas d’ouvrir la porte au n’importe quoi. Une église doit être gouvernée, et il n’y a pire régime que celui où chacun fait ce qu’il veut comme il veut, sans considération pour l’amour du prochain. Ainsi, les constitutions et règlements dont l’église s’est dotée ne sont pas des options à la vie de l’église mais bien des supports, des tuteurs, des axes qui garantissent que nous soyons tous unis et soumis au Christ vivant. 
Soumis au Christ vivant qui depuis la résurrection vit avec nous et au-devant de nous. Soumis au Christ vivant plutôt qu’aux volontés, aux désirs et aux souhaits de quelques-uns. Même si ces attristants prétendent détenir une vérité. Car oui la seule soumission à vivre dans l’église, la seule obéissance à avoir, c’est au Seigneur qu’elle se vit et pas à quelques-uns. Soumission au Seigneur qui n’est pas un pieux souvenir à embaumer, une tradition a entretenir, mais une présence vivante, avec nous et au-devant de nous. 
La seule autorité qui nous rassemble c’est le ressuscité qui nous appelle à franchir les peurs et à nous affranchir des désespérances. Et c’est cette autorité du Christ vivant, cette présence avec nous et au devant nous du Christ ressuscité qui, malgré les écueils que peut connaitre l’église en interne, les envies et les soifs de pouvoir, les rivalités ou les questions de personnes ; c’est la soumission au Christ vivant qui permet de franchir la peur, la peur qui rend muette les femmes au tombeau, la peur, le mutisme qui empêche le témoignage, la peur qui fait encore et toujours hésiter à parler de résurrection, quand bien même il nous faut reconnaître que nous ne connaissons pas tout de ce que nous disons. 

Le Christ est ressuscité ! Souffle la liberté

En église, nous avons dans le monde à être témoin du souffle de la liberté de Dieu. 
Oui, une fois encore : la résurrection affirme dans l’histoire le souffle de la liberté infinie de Dieu. Un dynamisme qui nous porte et nous envoie. La résurrection clôt le récit de la vie de Jésus, mais c’est, paradoxalement, une ouverture infinie au souffle de la liberté de Dieu dans un premier matin de Pâques, pour vivre chaque jour une aube nouvelle, un renouvellement de la vie en Dieu. 
Le Christ ressuscité est insaisissable : à la fois chez nous et au-devant de nous, il nous invite à inscrire la bonne nouvelle dans nos vies, et il nous ouvre l’avenir dans une belle liberté, il nous invite à sortir du mutisme et de la peur, il trace la route d’une mission sans frontière ni limite, la mission de l’amour. Car le rôle d’une église n’est ni celui de réussir sa contribution financière, ni d’entretenir des bâtiments, ni même tenir à jour un calendrier des cultes, ou de remplir les registres avec des baptêmes, mariages et enterrements. La mission de l’église, avec ou sans pasteur, c’est de tenir la mission de l’amour. 
La pierre a été roulée, quand bien même elle était très grande. Un homme, vêtu d’une robe blanche, un ange, un messager, un porteur de parole, apparaît aux femmes venues embaumer un mort pour annoncer la vie – voilà la bonne nouvelle : la vie – souffle la liberté car Dieu a mis devant nous une vie éternelle. Le Christ nous précède en Galilée, dit encore le messager. Une bonne nouvelle, une belle parole : le ressuscité est à la fois chez nous et au-devant de nous. Il nous invite à repartir dans nos vies, mais il nous ouvre à la liberté. 
Croyants, que nous soyons ou non marqués du sceau de la joie de Dieu qu’est le baptême, nous sommes ouvert à l’avenir dans une mission d’amour. C’est là le rôle de l’église. Nous sommes ouverts à l’avenir et porteur de la bonne nouvelle, nous avons le devoir de résister aux discours de peur qu’ils soient des discours religieux – comme celui des fanatismes tels que l’islamisme radical – ou qu’ils soient politiques – comme celui du front national et des extrémistes de tout bord – ou qu’ils soient économique – comme celui de l’ultra-libéralisme. Car ces discours sont les mêmes : des discours de peur, des discours de mort, des discours pour lesquels il n’y a plus d’avenir, pour lesquels la liberté est un danger, pour lesquels la vie n’a pas plus de valeur que le profit qu’ils peuvent en tirer, que le pouvoir qu’ils peuvent exercer. 

Souffle la liberté !

Croyants, que nous soyons ou non marqués du sceau de la joie de Dieu qu’est le baptême, nous sommes ouvert à l’avenir dans une mission d’amour. Nous avons le devoir de résister aux discours de peur et nous avons la responsabilité de faire entendre une autre voix que celle de la mort, de la catastrophe, de la fin de toute chose, du no futur, de la désespérance. Sortir du mutisme non pas pour dire notre tradition, non pas pour raconter le passé, non pas pour réécrire l’histoire même quand nous célébrons un cinquième centenaire – une fois de plus : il nous faut sortir du mutisme : pour que s’entende la voix de l’évangile, pour que souffle la liberté de Dieu !
Le pasteur James Woody conclut son livre en écrivant : 
« La liberté n’est pas une affaire théorique, ce n’est surtout pas une posture figée ; elle s’éprouve personnellement, intimement, dans le moindre aspect de notre quotidien. Libérons-nous de ce qui nous empêche d’être nous-mêmes et engageons-nous de tout notre être dans la vie portée à son incandescence. Il est temps, plus que temps, d’être libre. » (p. 210)
Célébrer Pâques oui c’est faire mémoire du passage vers la liberté – il est temps plus que temps d’être libre. Mais c’est surtout participer au souffle de la liberté de Dieu. C’est faire mémoire, mais c’est aussi réaliser que l’aube nouvelle se lève sur chacune de nos vies, le tombeau vide est ouvert aux petits matins de chacune de nos existences : là résonne l’appel à la liberté de Dieu, là s’entend la bonne nouvelle. 
Alors oui, roule la pierre : Quand nous sommes au désespoir, quand le monde est accablé de douleur, quand nous ne voyons plus d’issue et que l’espoir s’est envolé
Roule la pierre : Même si nous avons peur du changement, même si nous ne sommes pas prêts, même si nous préférerions nous enfuir et pleurer
Roule la pierre : Parce que ce matin nous avons accompagné les femmes au tombeau, parce que nous espérons contre toute espérance, parce que nous sommes appelés depuis cette tombe, et que là s’ouvre un chemin pour nos vies, un chemin victorieux de la mort, un chemin qui nous libère de tout ce qui nous empêche d’être nous-mêmes. 
Roule le pierre, souffle la liberté, et au Christ seul soit la gloire. Amen. 

mercredi 5 avril 2017

Prédication du dimanche 26 mars - Evangile selon Marc, chap. 14

53 Ils emmenèrent Jésus chez le Grand Prêtre. Ils s'assemblent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes. 54 Pierre, de loin, l'avait suivi jusqu'à l'intérieur du palais du Grand Prêtre. Il était assis avec les serviteurs et se chauffait près du feu. 55 Or les grands prêtres et tout le Sanhédrin cherchaient contre Jésus un témoignage pour le faire condamner à mort et ils n'en trouvaient pas. 56 Car beaucoup portaient de faux témoignages contre lui, mais les témoignages ne concordaient pas. 57 Quelques-uns se levaient pour donner un faux témoignage contre lui en disant: 58 "Nous l'avons entendu dire: Moi, je détruirai ce sanctuaire fait de main d'homme et, en trois jours, j'en bâtirai un autre, qui ne sera pas fait de main d'homme. 59 Mais, même de cette façon, ils n'étaient pas d'accord dans leur témoignage. 60 Le Grand Prêtre, se levant au milieu de l'assemblée, interrogea Jésus: "Tu ne réponds rien aux témoignages que ceux-ci portent contre toi?" 61 Mais lui gardait le silence; il ne répondit rien. De nouveau le Grand Prêtre l'interrogeait; il lui dit: "Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni?" 62 Jésus dit: "Je le suis, et vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant avec les nuées du ciel." 63 Le Grand Prêtre déchira ses habits et dit: "Qu'avons-nous encore besoin de témoins! 64 Vous avez entendu le blasphème. Qu'en pensez-vous?" Et tous le condamnèrent comme méritant la mort. 65 Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, à lui couvrir le visage, à lui donner des coups et à lui dire: "Fais le prophète!" Et les serviteurs le reçurent avec des gifles.
66 Tandis que Pierre était en bas, dans la cour, l'une des servantes du Grand Prêtre arrive. 67 Voyant Pierre qui se chauffait, elle le regarde et lui dit: "Toi aussi, tu étais avec le Nazaréen, avec Jésus!" 68 Mais il nia en disant: "Je ne sais pas et je ne comprends pas ce que tu veux dire." Et il s'en alla dehors dans le vestibule. 69 La servante le vit et se mit à redire à ceux qui étaient là: "Celui-là, il est des leurs!" 70 Mais de nouveau il niait. Peu après, ceux qui étaient là disaient une fois de plus à Pierre: "A coup sûr, tu es des leurs! et puis, tu es galiléen." 71 Mais lui se mit à jurer avec des imprécations: "Je ne connais pas l'homme dont vous me parlez!" 72 Aussitôt, pour la deuxième fois, un coq chanta. Et Pierre se rappela la parole que Jésus lui avait dite: "Avant que le coq chante deux fois, tu m'auras renié trois fois." Il sortit précipitamment; il pleurait.
J’imagine que vous avez tous déjà entendu un coq chanter ? oui – même en ville. Tout le monde connait le chant du Coq.... écoute du chant du coq en MP3
Ah quand même ce Pierre ! 
Quel traitre, quel renégat ! 
A quelques heures de la crucifixion, nous sommes dans la cour du palais du grand Prêtre. Dans un lieu de pouvoir où la passion se déchaine déjà depuis quelques heures. S’en est fait : Jésus a été arrêté à Gethsémané, il a été emmené par des gardes jusqu’au Sanhédrin. Il a été mis en accusation, puis violemment bafoué : quelques un lui ont craché au visage, d’autres lui ont donné des coups. 
Pour Jésus c’est la fin. Après cet épisode du reniement de Pierre, il sera emmené devant Pilate, condamné, couronné d’épine, et crucifié. C’est la fin. 
Dans cette tension tragique de la fin du ministère de Jésus, dans cette passion violente qui culminera à la croix, nous sommes donc avec Pierre dans la cour du palais du grand Prêtre. C’est la nuit, Pierre est encore là, présent, seul présent parmi les disciples, il se chauffe au feu qui brûle sur cette place. Arrive alors une servante  qui le regarde et l’accuse : « toi aussi, tu étais avec le Nazaréen » et Pierre nie : « je ne sais pas et je ne comprends pas ce que tu veux dire ». 
Pierre se dirige vers la sortie, il est dans le vestibule quand une deuxième fois la même servante  le voit, elle ne le regarde plus, elle le voit et elle dit « celui-là, il est des leurs », et Pierre nie une fois de plus. Puis une troisième fois, un groupe d’inconnus, qui eux ne le regardent ni le voient, mais l’accusent directement : « à coup sur tu es des leurs, et puis tu es Galiléen » - et Pierre répond « je ne connais pas l’homme dont vous parlez ». 
Alors résonne pour la deuxième fois le chant du coq, et là Pierre sort précipitamment et il pleure en se souvenant de la parole de Jésus : « avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois »
Pierre, le renégat, le traitre, le félon, celui qui n’a pas su être le témoin fidèle. 

Ah quand même ce Pierre !
Qu'est-ce que ça fait du bien de juger les autres ! Et puis ça nous laisse tranquille. Au moins, on est serein, nous nous sommes des gens biens, par rapport à ce traître. Oui, on sent bien le poids de la bonne conscience dans cette interprétation traditionnelle du texte biblique. 
Ça fait du bien de juger les autres, ça évite de s’examiner soi-même. Car imaginez un seul instant que ce texte nous parle de nous, qu’il nous parle de nos fidélités et de nos infidélité, de nos tentatives à être fidèles et de nos manques. Là il ne serait plus le récit d’un événement historique qui aurait eu lieu il y a deux mille ans, mais l’histoire de nos vies. Entendrons-nous le coq le chanter ? 

Car tout de même, juger Pierre est un peu facile, un peu trop facile. Il est le seul à être resté jusque-là. Au moment de l’arrestation de Jésus, dans le jardin de Gethsémané, l’évangéliste Marc nous que « tous l’abandonnèrent et prirent la fuite ». Tous ont fui, tous ont abandonné, mais Pierre est encore là. Le reniement de Pierre c’est aussi l’histoire de sa fidélité. 
Il a été fidèle, il a essayé d’être fidèle à son maître jusqu’au bout, jusqu’au bout de ses possibilités à lui. Et ce que nous dit le texte biblique alors quand nous l’entendons ainsi ce n’est pas que Pierre a trahit, pas que Pierre a renié, mais bien que Pierre a été au bout de ses possibilités de fidélité. Et il est le seul à être là dans la cour du grand Prêtre. Il est le seul à être fidèle jusque-là. Il n’y a plus personne d’autres. Mais du coup, ce que nous renvoie ce texte c’est bien que nos fidélités sont toujours limitées, que la seule fidélité totale est en Dieu. 
Je crois que ce n’est pas pour rien qu’il est dit dans le texte biblique que celle qui regarde Pierre, qui le voit soit une servante du grand Prêtre. La servante du grand prêtre reconnait le serviteur du Christ. Jusqu’auprès du feu dans la cour du palais, Pierre essaye de suivre Jésus, Pierre tente d’être disciple, il essaye encore là, alors que tout s’effondre d’être, encore, le serviteur du Christ. Juger Pierre c’est un peu facile vous en conviendrez. 
Entendre l’évangile, ce n’est pas, alors juger Pierre en le traitant de renégat, de traitre, de félon et j’en passe… non entendre l’évangile, c’est entendre le chant du coq pour nos vies. Entendre que si ça ne nous est pas donné, nous ne pouvons pas, par nous-même, être fidèle jusqu’au bout. Entendre qu’à compter sur nos propres forces nos fidélités sont toujours limitées et pleine de manque. 

Ce manque de fidélité, cette limite à nos fidélités, c’est je crois une des définitions du péché. Le péché étant ce qui fait vaciller dans notre fidélité. Il ne s’agit pas alors d’entrer dans la culpabilité et le jugement. Une fois encore, je ne crois pas que le passage de l’évangile ait été écrit pour condamner l’attitude de Pierre, pour le juger, et employer à son égard tous les qualificatifs de traitres, renégats, félons et j’en passe. Désigner le péché ce n’est pas se placer sous un jugement accusateur et culpabilisant. Désigner le péché c’est entrer dans la joie du salut de Dieu. 
Aussi paradoxal que cela puisse paraître se reconnaître pécheur devant Dieu, reconnaître nos fidélités comme limitées, et dire que nos vies sont toujours le tissages des fidélités et des infidélités, c’est entrer dans la joie de Dieu, car c’est laisser Dieu nous rejoindre, avec nous et malgré nous. 
Ainsi Bonhoeffer écrivait ces lignes que j’ai déjà cité en prédication : 
« Dieu est venu jusqu’à toi pécheur pour venir te sauver. Réjouis-toi ! En te disant la vérité ce message te libère. Devant Dieu tu ne peux pas te cacher. Le masque que tu portes devant les hommes ne sert à rien devant lui. Dieu veut te voir tel que tu es pour te faire grâce. Tu n’as plus besoin de te mentir à toi- même ou de mentir aux autres en te faisant passer pour sans péché ; non, ici, face à Dieu, il t’est permis d’être un pécheur, remercie Dieu »
Il t’est permis d’être un pécheur. 
Entendre le chant du coq pour nos vies, c’est réaliser que le jugement que nous portons rapidement sur les autres doit bien souvent s’appliquer sur nos vies d’abord. Il t’es permis d’être un pécheur, ce n’est pas dire que licence est donnée à tous les vices, et qu’il faut faire n’importe quoi – non ! il ne s’agit pas d’entrer dans une course à l’infidélité et à l’immoralité – bien sur que non. 
Mais il s’agit d’entendre que quelques soient nos vies, nos fidélités et nos infidélités, Dieu nous rejoint pour lever les mensonges que nous posons sur nos vies, pour nous donner à vivre en vérité. 
Pierre est disciple du Christ quand il est au coin du feu dans le palais du grand Prêtre, il est disciple du Christ quand il se dirige vers la sortie car il sent la tension monter, Pierre est encore disciple du Christ quand il pleure dans la nuit dehors. Etre disciple, ce n’est pas être dans la louange perpétuelle, dans l’adoration 24 h/ 24, mais c’est aussi reconnaître que l’amour que Dieu nous porte ne s’arrête pas aux limites de notre amour. 
Entendre le chant du coq, c’est alors entendre la vérité de nos vies. Une vérité que bien souvent nous n’entendons pas dans le discours du monde, dans la sphère médiatique. 

Certains d’entre vous, peut être tous, ont entendu cette semaine les médias se faire l’écho des affaires de pédophilie qui secouent l’église catholique de France. Suite à l’émission de mardi suivie par Deux millions de téléspectateurs beaucoup de journaux de l’express à la croix, en passant par le figaro et le monde : le monde médiatique est entré en mouvement dans cette affaire. 
Quelques soient les fautes commises, les responsabilités des uns et des autres - être disciple, comme Pierre, à la suite de Christ - ce n’est pas interférer avec la justice en  y allant de son jugement personnel, de sa condamnation individuelle. L’institution judiciaire doit faire son travail et doivent être condamnés ceux qui ont pris part à ces violences et ces crimes ou ceux qui les ont couverts. 
Dans ce temps de carême, l’église catholique traverse cette crise honteuse – et tout ce qui touche un de nos frères ou une de nos sœurs en Christ- nous touche. Rien de ce qui est chrétien ne sort indemne de cette honte, et de ce trouble. Il faut maintenant accompagner les victimes : toutes celles, tous ceux qui sont marqués par la souffrance du mal subie. 
Etre croyant, être disciple, comme Pierre, à la suite de Christ, c’est être présent, fidèle, jusqu’au bout de nos possibilités, jusqu’à nos limites. Etre présent pour accompagner la souffrance tant de ceux qui accusent et qui ont subi le mal que la souffrance aujourd’hui de cette église sœur, et de tous ses membres qui sans avoir pris part au scandale tiennent aussi, tiennent encore, une fidélité au Christ. 
Entendre le coq chanter, oui, c’est sortir de la logique du jugement, quel que soit le mal subit quel que soit le mal commis : encore une fois la justice doit passer et il faut que ceux qui doivent être condamnés le soient - mais en tant que croyant nous avons à sortir de cette logique de jugement pour entrer dans un accompagnement par une parole de vérité. 

C'est libérateur d'entendre la vérité sur nos vies, car c'est à partir de cette vérité que la foi peut se recevoir, non pas comme une œuvre bonne dont nous serions capable, mais comme un don de Dieu. 
Entendre la vérité de nos vies : la lucidité qui conduit à la repentance est une démarche de vérité et de liberté. Entendre que nous sommes tous pécheurs, c'est entendre que nous sommes tous pardonnés en Dieu, et que ce pardon nous ouvre à autre chose que ce que nous sommes. Entendre que nous sommes tous pécheurs, c'est sortir du mensonge, s'échapper de la domination du satan, entrer dans la vérité de Dieu plutôt que de rester dans le mensonge des faux-semblants, de la force, du pouvoir, de la violence et de la possession. 
Invitation non pas à juger Pierre dans son reniement mais à être avec lui quand il pleure pour être avec lui, aussi quand la joie de Pâques sera là. 

A la campagne c’est tous les jours que l’on entend le chant du coq, en ville c’est plus rare. Le monde rural à cet avantage. Croyant c’est au quotidien que nous devons reconnaître que quelques soient les limites de notre fidélité, Dieu lui est fidèle, quelques soient les manques d’amour, Dieu lui nous porte dans son amour. Reconnaissance pour nos vies qui invite à sortir du jugement et des peurs, pour vivre en vérité la vie belle que Dieu veut pour nous. 
Le chant du coq pour Pierre, n’est pas un "chant du Cygne" – c’est un commencement, c’est une aube nouvelle. A partir de ses larmes, il passera par Pâques, à la joie de la résurrection, pour entrer à Pentecôte dans le témoignage au Christ Seigneur. 
Au Christ seul soit la gloire. Amen. 

Prédication du dimanche 2 avril - Marc 15, v. 21 à 32

Marc 15, 20 à 32

20 Après s'être moqués de lui, ils lui enlevèrent la pourpre et lui remirent ses vêtements. Puis ils le font sortir pour le crucifier. 21 Ils réquisitionnent pour porter sa croix un passant, qui venait de la campagne, Simon de Cyrène, le père d'Alexandre et de Rufus. 22 Et ils le mènent au lieu-dit Golgotha, ce qui signifie lieu du Crâne. 23 Ils voulurent lui donner du vin mêlé de myrrhe, mais il n'en prit pas. 24 Ils le crucifient, et ils partagent ses vêtements, en les tirant au sort pour savoir ce que chacun prendrait. 25 Il était neuf heures quand ils le crucifièrent. 26 L'inscription portant le motif de sa condamnation était ainsi libellée: "Le roi des Juifs". 27 Avec lui, ils crucifient deux bandits, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche. 29 Les passants l'insultaient hochant la tête et disant: "Hé! Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, 30 sauve-toi toi-même en descendant de la croix." 31 De même, les grands prêtres, avec les scribes, se moquaient entre eux: "Il en a sauvé d'autres, il ne peut pas se sauver lui-même! 32 Le Messie, le roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, pour que nous voyions et que nous croyions!" Ceux qui étaient crucifiés avec lui l'injuriaient.

Nous voilà donc au terme de la proclamation de la bonne nouvelle. S’en est fait. Jésus a été arrêté, c’est la neuvième heure – l’heure de la crucifixion. Lire ce passage de l’évangile aujourd’hui peut surprendre. Mais le temps du carême est un temps où nous nous tournons vers le vendredi saint et le matin de Pâques, un temps durant lequel l’église fait mémoire du don au-delà de tout don fait par Dieu en Jésus-Christ. Du coup il n’est pas totalement aberrant d’entendre ce récit de la crucifixion même si nous sommes la semaine précédant les Rameaux.
Ce récit de la crucifixion : Tout le monde connaît la scène. Que l’on soit chrétien ou non, que l’on fréquente les Ecritures ou pas : le sujet est connu. Marc rapporte la scène en quelques mots – nous pourrions relire l’évangile selon Matthieu ou selon Jean pour voir comment d’autres évangélistes déploient l’événement de manière plus ample. Au mois de février nous avions même vu en étude biblique que la scène est rapportée par les évangiles apocryphes de manière beaucoup plus développée également. L’évangéliste Marc a choisi un récit court – un petit texte. 
Et dans ce petit texte, l’évangéliste Marc trace un contraste fondamental, il dit quelque chose d’important avec quelques mots. Oui à bien l’entendre, je crois que  nous ne pouvons que être très surpris du contraste que donne ce petit texte. Un contraste fort entre une foule de détail, et une sobriété extrême.
Une foule de détail sur ceux qui sont là d’abord : en passant, durant cette heure tragique on fait connaissance avec Simon de Cyrène, le père d'Alexandre et de Rufus, avec deux bandits, avec des passants. Et il y a ceux qu’on connait : les grands prêtres et les scribes. On peut dire qu’il y a du monde autour de la croix – du monde et chacun est présenté assez précisément : chacun pour ce qu’il est pour ce qu’il fait.
Détail sur le lieu : nous sommes sur le Golgotha et Marc en souligne l'étymologie : le lieux du Crâne...
Une foule de détail sur l’attitude de ces gens qui sont là : certains injurient le Christ, ceux-là se moquent de Jésus, et d’autres encore l’insultent. Trois verbes différents pour dire globalement la même chose – l’humiliation s’ajoute à la déchéance – Par la multiplication et la diversité du vocabulaire l’humiliation est soulignée, très marquée. Non seulement Jésus est condamné à mort, mais il est condamné par tout le monde.  A travers cette multiplication du vocabulaire s’entend déjà le ps. 22 que le Christ entonnera peu après – vous savez ce psaume 22 qui commence par Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné… Il comporte ces versets : Moi, je ne suis plus un homme, mais un ver. Outragé par les humains,  méprisé par les peuples.  Tous ceux qui me regardent se moquent de moi,
Des détails, ce petit texte en donne aussi sur Jésus – jamais dans l’évangile nous n’avions eu une telle concentration de titres et d’explications sur qui est Jésus : il est le roi des juifs, le Christ, le roi d’Israël, il est celui qui a sauvé des hommes, il est capable de reconstruire le sanctuaire. Oui nous avons là une foule de détail sur qui est le Christ pour l’évangéliste.
Ce petit texte de la crucifixion est donc extrêmement précis, contenant nombre de détails et de particularité. Mais ce texte, en contraste, est aussi très sobre. Une  sobriété extrême surprenante, de fait : l’évangéliste Marc n’utilise qu’un seul mot, un seul verbe pour dire ce qui arrive à Jésus – il est crucifié. Là aussi il aurait pu varier les expressions, tant il se répète - mais 5 fois l’évangéliste choisi le même mot : crucifier.
La liste est longue des expressions qu’il aurait pu utiliser, vraiment, l’évangéliste aurait eu les moyens de dire les choses autrement : attaché à la croix, pendu au bois, cloué sur la croix. Ce sont des expressions connues qui disent la même chose – mais non : pour dire ce qui arrive à Jésus il n’y a qu’un seul mot : crucifier – et le même verbe est répété 5 fois.
Ce que ce contraste donne à entendre, je crois, c’est l’impossibilité de dire ce qui se joue là, à la troisième heure, au moment de la crucifixion. Le décor est donné avec foule de détail, mais l’action est décrite dans une sobriété, dans une retenue extrême. La crucifixion du Christ est un vrai dépouillement, y compris dans sa description. Si l’agitation autour de la croix peut être détaillée, si l’attitude du monde autour du Christ peut être nommée avec tous ces détails, l’essentiel de l’événement échappe au langage – l’évangéliste n’a qu’un seul mot pour le dire, qu’un seul verbe et du coup il le répète.
Crucifier : l’essentiel est dit par ce verbe répété.
Crucifier : par cette répétition se dit ce qui arrive. Le serviteur de Dieu, serviteur souffrant est mis en croix. Le prophète Esaïe l’annonçait ce serviteur souffrant : « Son aspect, défiguré, n’était plus celui d’un homme  Son apparence n’était plus celle des êtres humains » annonçait Esaïe (52, 14). Dans cette déchéance, l’image de Dieu se vide d’elle-même, dans l’abaissement ; « Il s’est abaissé lui-même, en devenant obéissant jusqu’à la mort » écrira Paul (Phil. 2, 7)
Crucifier : là ce dit l’humanité défigurée et du coup se dit un Dieu défigurée – moqué, insulté. Dans l’abaissement au néant, se dit l’amour jusqu’à la fin, la fin de l’humanité. Dans cet outrage et cette humiliation se dit l’alliance de Dieu avec l’homme jusqu’au bout de l’humanité de Christ, jusqu’à la fin de notre humanité pour ouvrir un au-delà.
Crucifier : à partir de cette crucifixion, de ce crucifiement, disait-on avant, à partir de cette seule action le lien de Dieu avec l’humain est tel que dans toute femme, dans tout homme humilié, abaissé, torturé mis à mort nous avons la plus juste représentation du Dieu vivant. Ce n’est pas évident à entendre : Dieu se donne à voir, là au milieu des insultes, des quolibets, des moqueries. La croix est la seule représentation de Dieu que nous avons sur terre. Car oui, celui qui est sur la croix prétend être Dieu sur terre, et cette prétention sera confirmée dans quelques versets puisque le voile du sanctuaire sera déchiré du haut en bas et le centurion le reconnaître fils de Dieu.
En étude biblique ce jeudi nous débattions de l’importance de la célébration du vendredi saint et de Pâques. Les réformateurs ont tous affirmé la première importance du vendredi saint. La première célébration chrétienne, avant Noël, avant Pâques, c’est le vendredi saint – car il n’y a que là que nous contemplons, en vérité, le visage de Dieu. Ainsi, être chrétien c’est fondamentalement reconnaître cet homme mis à mort comme Dieu, reconnaître le Christ comme la plus juste image de Dieu sur terre – celui qui est maltraité, humilié, crucifié, mis  à mort.
Le moine Martin Luther écrivait ainsi que « la théologie de la croix est la seule vraie théologie ». la théologie de la croix est la seule vraie théologie : comprenez qu’à la crucifixion se donne à entendre le seul vrai discours sur Dieu – un discours qui tient en un seul mot que l’évangéliste répète comme il peut : crucifier.
Durant ce temps du carême, oui nous nous tournons vers le vendredi saint et le matin de Pâques ; ce temps nous permet de faire mémoire du don au-delà de tout don fait par Dieu en Jésus-Christ, sur la croix. Quand les cantiques anciens nous chantent que le Christ est mort pour nous, souvenons-nous qu’il est d’abord mort pour nous montrer qui est Dieu et qui nous sommes.
Notre humanité est toujours plus prompte à suivre les mouvements de foule, les impulsions du moment, aveuglée par les puissances de ce monde, voulant sauver les apparences… au point de ne pas savoir entendre, ne pas savoir reconnaître, là où se dit l’amour.

Au Christ seul soit la gloire. Amen. 

mardi 24 janvier 2017

L'amour du Christ nous presse... quelques réfexions sur le thème de la semaine de prière pour l'unité

Texte Biblique : 2 Corinthiens 5, 14 à 20
L'amour du Christ nous étreint, à cette pensée qu'un seul est mort pour tous et donc que tous sont morts. Et il est mort pour tous afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux.  Aussi, désormais, ne connaissons-nous plus personne à la manière humaine. Si nous avons connu le Christ à la manière humaine, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Aussi, si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu'une réalité nouvelle est là. Tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation.  Car de toute façon, c'était Dieu qui en Christ réconciliait le monde avec lui-même, ne mettant pas leurs fautes au compte des hommes, et mettant en nous la parole de réconciliation. C'est au nom du Christ que nous sommes en ambassade, et par nous, c'est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu.

Il y a dans les épîtres de Paul des passages sinon surréalistes, du moins très difficiles à comprendre. Et le passage que nous avons entendu durant la semaine de l'unité est, je crois, de ceux-là. C’est un texte laborieux, rude même, pas évident à entendre. Mais la difficulté de ce texte n’empêche pas qu’il a encore aujourd’hui quelque chose à nous dire, et qu’il faut le travailler et le reprendre pour en extraire la sève, car Paul dit ici quelque chose de ce qu’est la foi.

Il y a dans les épîtres de Paul des passages surréalistes car Paul lui-même a vécu un passage surréaliste. Il faut se souvenir que l’homme qui écrit ces lignes n’est autre que celui qui se rendant à Damas à reçu une illumination. L’auteur de ces lignes a vu sa vie changée, transformée, du tout au tout. Paul est celui qui a vu le Christ sans bien savoir comment. Il a rencontré le ressuscité sur le chemin de Damas, il a reçu une parole qui a fait sens, et il est devenu le héraut de l’évangile que jusque là il combattait, il est devenu le porteur de la bonne nouvelle que jusque là il étouffait. Il est devenu le messager du Christ crucifié et ressuscité qu’il a rencontré de manière surréaliste sur le chemin de Damas.

Cette conversion de Paul, ce changement radical qui a transformé le persécuteur de l’église en apôtre des païens, cette conversion, je crois, est une clef qui permet de comprendre ce texte. C’est à partir de cet épisode de la vie de Paul que je voudrais entendre ce texte.

En effet, Paul commence par rappeler l’amour du Christ, un amour qui se donne par la croix, la mort et résurrection la vie. Un amour qui entraîne celui qui croit à la suite du Christ. C'est-à-dire que le croyant est lui-même passé de la mort à la vie. C’est ce que j’appelai le surréalisme de Paul : en disant « je crois », l’on passe de la mort à la vie ; l’instant de prononcer un mot et l’on ressuscite.

Dire je crois, cela revient à ressusciter, à entrer dans une réalité nouvelle. C’est ce que Paul affirme très nettement au v. 17 : « Si quelqu’un est en Christ », c'est-à-dire, si quelqu’un reçoit le Christ et croit, « il est une nouvelle créature ». Et Paul poursuit : « Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là ».

Et de cette réalité nouvelle nous sommes les envoyés, les ambassadeurs qui transmettent l'appel. On entend là une réalité de l'apostolat de Paul.

Nous pouvons alors bien comprendre que cette résurrection a été vécue par Paul. Sur le chemin de Damas, quand il a reconnu le Christ, sa vie a été transformée du tout au tout. Il a abandonné le monde Juif dans lequel il avait une place et du prestige, il était quelqu’un à Jérusalem. Il est entré dans le monde Chrétien et il est devenu celui que l’on envoi au loin, en mission, il est devenu apôtre ; en un mot il est devenu un homme dont la présence à Jérusalem embarrasse.

« Le monde ancien », la « réalité nouvelle », ce ne sont donc pas que des concepts théologiques, pour Paul. C’est avant tout une expérience vécue, une expérience de laquelle il tire ses concepts théologiques et de laquelle il extrait une manière de dire l’évangile. 

 « Désormais, ne connaissons nous plus personne à la manière humaine. Si nous avons connu le Christ à la manière humaine, maintenant nous le connaissons plus ainsi. Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une nouvelle réalité est là ».

Il y a dans cette manière de dire l’évangile quelque chose de mystique. Ce qui peut expliquer le surréalisme de Paul ici, c’est sa compréhension mystique de la relation à Dieu et de la relation à Christ.

« Mystique » cela désigne ce qui est caché ce qui n’est pas visible pour les gens du dehors, ce qui a trait au mystère. Et il en va bien ainsi chez Paul. La relation à Dieu et au Christ n’est pas visible extérieurement, à la limite ce qui est visible s’en sont les fruits. La relation à Dieu et au Christ est de l’ordre du mystère, de l’invisible, de ce qui ne se voit pas. 

Ainsi l’expérience sur le chemin de Damas a été pour Paul une expérience mystique. Lui seul a vu la lumière, lui seul a entendu la parole. Ses compagnons de marche n’ont rien vu ni rien entendu. Sa relation à Dieu s’est nouée là dans le secret et l’invisible, dans le mystère de la rencontre avec le ressuscité.

La nouvelle créature, la nouvelle réalité que Paul annonce sont une créature et une réalité mystiques, cachées, secrètes, atteignables uniquement par la foi. Ainsi elles marqueront les célébrations du baptême dans l’église primitive. Où l’instant du baptême symbolise la mort du vieil homme, la mort au péché, et le surgissement de l’homme nouveau, la nouvelle création, la vie nouvelle tournée vers Dieu. Ainsi – exemple entendu - le baptême par immersion symbolisera la mort par noyade au monde passé puis la sortie des eaux fera figure de résurrection. Ce lien avec le baptême s’explique car la nouvelle création, la réalité nouvelle est la marque, le trait qui vient qualifier celui ou celle qui « est en Christ ».

« Etre en Christ », nous touchons là au cœur du texte entendu durant cette semaine de l'unité. Paul multiplie cette expression : « être en Christ », « Christ en nous », « Christ en moi ». Il y a là une notion d’habitation du Christ dans les croyants et des croyants dans le Christ. Habitation réciproque. Celui qui croit reçoit le Christ en lui, et est reçu dans le Christ. Habitation mystique, secrète, intime de tout croyant en Christ et de Christ en tout croyant.  Il s’agit par elle, par cette habitation, de dire le lien entre le Christ ressuscité et celui qui croit.
« Si quelqu’un est en Christ il est une nouvelle créature.
Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là ». 

Texte difficile que cet extrait de la deuxième épître aux Corinthiens, mais texte ô combien fondamental car Paul dit ici quelque chose de ce qu’est la foi. Malgré le vocabulaire difficile à saisir, malgré les tournures de phrases, et surtout malgré cet élan mystique, Paul parle de manière fondamentale de la condition chrétienne, et  j’en retiens finalement deux éléments.

Le premier élément concerne la résurrection. Tout dans ce texte est question de résurrection. Non pas de la résurrection de Jésus comme événement historique qui aurait surgit il y a deux millénaires ans, mais de la résurrection du Christ comme événement programmatique de la résurrection des chrétiens. Si la conversion, la confession de foi a souvent été dite comme un « nouvelle naissance », c’est qu’il nous faut vivre la résurrection, « être en Christ ». Il en va par cette résurrection de reconnaître notre Dieu par ce que l’on peut appeler une inversion de la connaissance. Le Dieu qui se révèle à la croix ne prend pas seulement un visage impossible pour Dieu, celui de la mort d’un homme ; mais il vient inverser toutes nos catégories.

Ainsi le théologien Bonhoeffer écrivait que la connaissance de la nouvelle créature affirme que :
 « les grandes choses sont petites, et que les petites sont grandes, que ce qui est exact est faux, et que ce qui est faux est exact, que ce qui est désespéré est riche de promesses, et que ce qui est plein d’espoir est contesté. Elle affirme que la croix signifie victoire, et la mort vie » (Si je n'ai pas l'amour, p. 262)

Dès lors, et c’est le second élément, le discours de foi semblera sans doute toujours un discours surréaliste pour celui qui écoute depuis le dehors. Oui, dire « Christ est vivant » semblera toujours quelque chose d'anachronique pour celui ou celle qui veut comprendre avec l’attitude du sociologue ou de l’ethnologue. En un mot « Christ est vivant » cela ne se comprend pas, cela se vit.

Il faut vivre la foi selon laquelle les grandes choses sont petites, les choses désespérées sont pleines de promesse. Vivre la tension d’une vie souvent terne ou monotone et pourtant belle aux yeux de Dieu.

Le défi pour l’église restant d’annoncer une parole porteuse de sens et pourtant inaudible pour celui qui veut la comprendre tant qu'il ne l'aura pas reçu dans sa vie ; une parole à vivre bien plus qu’à entendre, une parole de vie qui devient bénédiction en s'incarnant : oui, « l’amour du Christ nous étreint ».  Le défi pour l'église est d'annoncer et d'entendre cette parole pour elle-même, prier pour l'unité nous rappelle que l'exigence de réconciliation est encore d'actualité. Nous avons à incarner ensemble l'unité du corps du Christ. 

Ma dernière réflexion autour de ce texte portera alors sur le dynamisme qu'il recelle. Car le défi est là de crois pour donner un mouvement à la vie chrétienne. "Tout vient de Dieu", ce que Dieu donne n'est pas un don posé pour être, mais un mouvement, une venue, quelque  chose qui nous entraine à sa suite, dans son dynamisme. Nous sommes en ambassade, en mouvement, en déplacement. 

Ainsi André Gounelle écrivait cette belle définition de la foi, toute en balancement : 
« La foi nous rassure et nous surprend ; elle nous implante et nous transporte, elle nous fait sortir de nous-mêmes pour retrouver la vérité profonde inscrite en nous ».

Pour dire ce dynamisme, cette image de l'apôtre envoyé, qui bouge, de la foi qui envoie et mobilise, l’apôtre Paul  utilisera l’image de l’ambassadeur : Être mis en mouvement dans la confiance pour témoigner d'une Parole qui nous envoie, l'amour du Christ nous étreint, et nous emporte dans le dynamisme de la réconciliation. Alors le défi de l'unité chrétienne, le défi d'incarner ensemble l'unique église de Christ, se vit en confiance, non pas une semaine par an, mais au quotidien de la foi.

dimanche 22 janvier 2017

Prédication sur l'évangile selon Marc, chap. 11, v. 1 à 25

Texte Biblique : Marc 11, 1 à 25
Circonstance : semaine de prière pour l'unité des chrétiens

Lorsqu'ils approchent de Jérusalem, près de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples et leur dit: "Allez au village qui est devant vous: dès que vous y entrerez, vous trouverez un ânon attaché que personne n'a encore monté. Détachez-le et amenez-le. Et si quelqu'un vous dit: Pourquoi faites-vous cela? répondez: Le Seigneur en a besoin et il le renvoie ici tout de suite. Ils sont partis et ont trouvé un ânon attaché dehors près d'une porte, dans la rue. Ils le détachent.
Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur dirent: "Qu'avez-vous à détacher cet ânon?"  Eux leur répondirent comme Jésus l'avait dit et on les laissa faire. Ils amènent l'ânon à Jésus; ils mettent sur lui leurs vêtements et Jésus s'assit dessus. Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur la route et d'autres des feuillages qu'ils coupaient dans la campagne.
Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient: "Hosanna! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient! Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père! Hosanna au plus haut des cieux!" Et il entra à Jérusalem dans le temple. Après avoir tout regardé autour de lui, comme c'était déjà le soir, il sortit pour se rendre à Béthanie avec les Douze.
Le lendemain, à leur sortie de Béthanie, il eut faim. Voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s'il n'y trouverait pas quelque chose. Et s'étant approché, il ne trouva que des feuilles, car ce n'était pas le temps des figues. S'adressant à lui, il dit: "Que jamais plus personne ne mange de tes fruits!" Et ses disciples écoutaient.
Ils arrivent à Jérusalem. Entrant dans le temple, Jésus se mit à chasser ceux qui vendaient et achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs et les sièges des marchands de colombes, et il ne laissait personne traverser le temple en portant quoi que ce soit. Et il les enseignait et leur disait: "N'est-il pas écrit: Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits."
Les grands prêtres et les scribes l'apprirent et ils cherchaient comment ils le feraient périr. Car ils le redoutaient, parce que la foule était frappée de son enseignement.
Le soir venu, Jésus et ses disciples sortirent de la ville. En passant le matin, ils virent le figuier desséché jusqu'aux racines. Pierre, se rappelant, lui dit: "Rabbi, regarde, le figuier que tu as maudit est tout sec."
Jésus leur répond et dit: "Ayez foi en Dieu. En vérité, je vous le déclare, si quelqu'un dit à cette montagne: Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, et s'il ne doute pas en son coeur, mais croit que ce qu'il dit arrivera, cela lui sera accordé. C'est pourquoi je vous déclare: Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l'avez reçu, et cela vous sera accordé. Et quand vous êtes debout en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez, pour que votre Père qui est aux cieux vous pardonne aussi vos fautes."
Dans ce chapitre 11 de l'évangile, deux scènes bien connue : Jésus entre dans Jérusalem monté sur un âne, puis Jésus entre dans le temple et se met à chasser les vendeurs mais aussi les passants. L'une est la condition de l'autre. Il faut Jésus soit entré dans Jérusalem pour qu'il puisse entrer dans le temple, il faut qu'une certaine autorité lui soit reconnue pour qu'il puisse enseigner dans le temple. Deux scènes bien connus, en fait ce texte est un texte très connu dont l’iconographie hante nos souvenirs d’école biblique. Même si bien souvent nous séparons dans notre mémoire l'entrée à Jérusalem, entrée dont nous faisons mémoire chaque année au jour des rameaux, et la folie de Jésus dans le temple.

Ce matin je m'attacherai plus à cette deuxième scène car elle est au coeur du chapitre 11 - Jésus chasse les vendeurs du temple, souvenir d'école biblique, image d’Épinal. 
Même reste dans notre langage par l’expression « vendeurs du temple » pour désigner celles et ceux qui profitent d’un commerce un peu louche sur des choses que l'on pourrait considérer comme sacrées. La scène est un souvenir, mais à bien le lire, ce texte veut bousculer nos habitudes, et en premier nos habitudes de lecture.

Le temple à l’époque où Jésus franchit ses portes, c’est un espace gigantesque1. Cet édifice imposant mesure 1 kilomètre 500 de périphérie, il occupe une quinzaine d’hectares, soit cinq fois l’acropole d’Athènes ou neuf fois et demie celle de la basilique Saint Pierre de Rome ou encore une bonne centaine de fois la surface de notre temple.
Flavius Josèphe, l’historien juif du premier siècle, nous raconte avec un peu d’emphase, comment les pèlerins arrivant à Jérusalem, avant de voir la ville sont éblouis par le soleil qui se réfléchie sur les feuilles d’or qui recouvrent les parties hautes du toit du temple. C’est une construction en bloc de pierre de plusieurs tonnes, riche en marbres et en bois précieux que ce temple.

Après cette semaine avec l'investiture du 45e président des états unis dont sans doute beaucoup ont vu des images, le temple de Jérusalem c'est un peu un ensemble architectural comme celui du capitole : un vaste espace ou les cours et les bâtiments en imposent.
Mais au-delà de la beauté et de la grandeur de cette construction, l’architecture du temple veut dire quelque chose. Les pierres, l’or et le bois sont porteurs d’un discours, d’une théologie même. Une théologie qui est basée sur la division et la hiérarchie.

En franchissant le premier portail, on rentre dans une court. Cette première court, c’est le parvis des païens. Tout le monde peut y entrer, y passer, y rester. C’est dans cette première court que ce trouvent les marchands et les changeurs, car le temple a sa propre monnaie.
Puis cette court donne accès à une seconde court. Le parvis des femmes. Là déjà, il n’y a plus que les juifs qui peuvent y rentrer, les païens restent dehors. Première sélection et première division.

Ensuite du parvis des femmes quelques marches, qui montent, donnent accès au parvis des hommes. Là il n’y a plus que les hommes juifs qui peuvent y rentrer. Les femmes doivent rester quelques marches plus bas et les païens sont plus bas et tenus à bonne distance. Cette seconde sélection et seconde division entre les hommes et les femmes, est aussi la première hiérarchisation : les hommes sont placés plus haut.

Ensuite du parvis des hommes, il y a carrément un escalier qui monte au parvis des prêtres. Là, la hiérarchisation est encore plus marquée. Les hommes sont situés un étage plus bas, les femmes quelques marches encore plus loin, et les païens, loin au fond. De ce parvis des prêtres, il y a encore quelques marches pour monter au lieu saint ou seuls les prêtres purifiés peuvent se tenir, et quelques marches encore jusqu’au saint des saints où le grand prêtre ne rentre qu’une seule fois par an.

C’est donc dans ce monument imposant et parlant de toute la division qu’entraîne une certaine conception de la religion, que Jésus entre. Jésus entre et il se met à chasser ceux qui vendaient ou ceux qui achetaient, il renverse les tables et les chaises, il ne laisse personne traverser le temple. Il va littéralement « Peter les plombs » vous excuserez l’expression, mais c’est bien ça qui est décrit dans ce texte, c’est un véritable coup de folie.

Durant cette semaine de prière pour l'unité des chrétiens, nous pouvons comparer cette scène de l'évangile, ce texte avec une icône des chrétiens d’orient représentant le Christ assis sur un rocher le doigt levé en signe d’enseignement, rayonnant de toute son auréole et serein au possible. On peut aussi comparer ce texte avec les phrases de paix et d’amour qui jalonnent l’évangile : « Aimer vos ennemis », « moi je vous donne la paix ». C’est tout de même une bizarre expression d’amour que nous avons là. Et côté paix, toute la violence de ce récit ne peut que troubler.

Au cœur de ce récit, se trouve toute une violence de gestes brusques et brutaux de la part de Jésus. Et au milieu de toute cette violence gestuelle, il y a cette parole de Jésus, que l’évangéliste Marc qualifie d’enseignement : « n’est-il pas écrit : ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations ? Mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits ».

Ces bandits, traditionnellement on considère que ce sont les marchands, ces vendeurs et ces acheteurs, les changeurs de monnaie. Tout ceux qui ont part au commerce du temple. Mais il faut peut-être aussi regarder plus loin que ces simples commerçants. Jésus conteste le fait que le temple n’est plus une maison de prière et il condamne les marchands.
Mais il conteste aussi le fait que le temple n’est pas une maison de prière pour toutes les nations. Il met donc aussi en cause toute l’organisation du temple, toute la hiérarchie et toute les divisions manifestées par ce bâtiment.

Les brigands ce ne sont pas seulement les marchands, mais ce sont aussi ces prêtres qui s’accaparent Dieu. Ces prêtres qui veulent le monopole de Dieu, laissant les hommes un étage plus bas, les femmes quelques marches encore plus loin, et les païens tout au loin, dans le fond. Ces prêtres qui oublient que la prière met toutes les nations à égale distance de Dieu.

Alors oui, dans ce temple c’est un véritable coup de folie qui prend Jésus. Jésus « pète les plombs », oui pas de n’importe quelle folie. Mais la folie telle que la décrivait saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens. Une folie qui veut qu’il n’y ai ni juifs, ni grecs mais tous un, en Christ, et par lui à Dieu.
Une folie que Dieu a choisi pour confondre les sages, disait Saint Paul détruisant toute la structure que les hommes avaient mis comme distance entre Dieu et eux. Une folie qui veut l'unité de notre humanité devant Dieu, l'unité des enfants de Dieu : hommes ou femmes, païens ou croyants, prêtres ou laïcs, une folie inclusive.

Une folie qui fait que Jésus s’attaque à la puissance religieuse et économique que représente le temple. Ce qui le conduira directement à la croix et à la mort. En effet, Marc nous dit juste après cet événement que les grands prêtres et les scribes cherchaient non plus a le faire mourir, cela ils en étaient bien décidé, mais comment ils le feraient mourir.
Cette folie, qui entraîne la contestation de toute structure aliénante pour celui qui croit et de toutes les divisions dans le peuple de Dieu, cette folie qui veut l'unité dans la liberté des enfants de Dieu, cette folie va entraîner Jésus à la mort.

Cette folie, l'histoire du figuier en est un autre exemple. C'est curieux non, que le récit de Jésus chassant les vendeurs du temple soit encadré par un récit d'un figuier maudit par Jésus car ne donnant pas de fruits, un figuier qui est l'occasion saisie par le Christ pour dire à ses disciples que la foi permet de jeter les montagnes dans la mer, que croire permet de transporter les montagnes. La foi ça a quelque chose de fou.

Marc nous montre que c’est cette foi folle, cette folie, cette contestation du temple par Jésus qui va l’entraîner à la mort. Et l’histoire nous apprend que cette contestation, cette folie de l’évangile ne s’arrêtera plus. C'est la folie de la foi, une folie qui jette les montagnes à a mer. Paul, après Jésus, se retournera contre ceux qui l’ont élevé. On peut ainsi reprendre l'histoire de l'Eglise, de manière œcuménique : Après Paul, chez ceux que l’on appellera les pères de l’Eglise, cette folie prendra corps dans une mystique pour nous aujourd’hui intolérante et insupportable. Durant le Moyen-Âge aussi, des hommes se sont levés porteur de cette folie. Il n’y a qu’à penser à François d’Assise qui au douzième siècle, élevé dans l’opulence et la richesse du monde de la bourgeoisie montante, quittera tout pour un idéal de pauvreté, faisant de sa vie entière une prédication auprès des pauvres et des simples.

Il n’y a qu’à penser aussi à la réforme. Ce jour est le dimanche de la réformation. Quel coup de folie prit Luther, pour que d’un moine serein, engagé dans les ordres après une prière à la vierge Marie, il devienne le contestataire de la papauté ; de cette structure aliénante que le catholicisme avait posé sur ces fidèles. Le contestataire de toutes les divisions opérés dans le peuple de Dieu par des critères de salut, de péchés, d’indulgence, et la liste est longue.

La piété des pères de l'Eglise, le mouvement de François d'Assise, la réforme tout ces mouvements participent de ce coup de folie qui est advenu à Jésus, il y a deux mille ans dans le temple de Jérusalem.

Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations. Et ce n’est pas pour rien que la première œuvre des franciscains fut des réformateurs fut de traduire la bible : donner accès à l’évangile à toutes les nations. La leçon que veut donner la réforme dans l’histoire c’est que nous n’avons pas le droit de nous approprier le message du Christ, nous n’aurons jamais le droit de diviser l’humanité, car elle est une, unie à Dieu par Christ. Tel est l’évangile, tel est la puissance de Dieu, et tel est le scandale pour les grecs et la folie pour les juifs.

Et nous ? Où en sommes-nous face à cette folie ? Un regard sans profondeur sur nos églises pourrait nous faire croire que nous avons bien enfermé la folie. Regardant les formes nous pourrions croire que l’institution de nos églises a su canaliser cet élan et que maintenant nous nous sommes installés dans une tranquillité sereine avec nos cadres, notre gestion de l’église comme la gestion de nos sentiments. Nous fonctionnons comme si nous avions dépassé la folie. Et pourtant à y regarder de plus prêt, nous aussi, nous sommes porteurs de cette folie.

Car honnêtement, la raison voudrait sans doute que nous reconnaissions toute la difficulté de l’entretien de tel bâtiments et que nous y renoncions. La raison voudrait sans doute qu’au vu du petit nombre de paroissiens fidèles et cotisant nos églises se passent de pasteur. La raison voudrait que minoritaires nous nous effacions dans l’indifférence.

Dans notre monde, Ouvrir ce temple tous les dimanches c’est de la folie ! Le chauffer, l’entretenir, c’est de la folie ! Avoir quelqu’un qui y annonce l’évangile chaque dimanche pour un petit nombre, c’est de la folie ! Dans notre monde, définir aujourd’hui un projet d’église c’est être porteur de cette folie. C’est se placer dans le même élan que celui qui fit renverser les tables des marchands au Christ. Dans le même élan que celui qui fit prêcher l’évangile par la pauvreté, à François d’assise. Dans le même élan que celui qui fit afficher ses thèses, à Luther. Alors c'est sûr que cet élan est peut être moins visible que le peuple assemblé devant les portes de Jérusalem et agitant des branchages. 

Nous sommes porteurs de cet élan de folie, peut importe le nom que nous lui donnons : saint esprit, motivation, entrain, etc. Il n’y a qu’en étant porteur de cet élan de folie que nous pouvons être porteur de l’évangile et rien ne saurait l’arrêter. C’est notre assurance. La croix n’a pas arrêté la folie de Jésus.
La résurrection vient nous montrer que quelque soit nos découragements, nos doutes, nos refrains d’un passé meilleur, nos critiques de nos voisins, nous avons l’assurance que demain ce vent de folie se poursuivra. Avec ou sans nous ? c’est là la seule question.

Oui, une chose est sûre, cette folie ne veut pas la division et l'opposition, elle a pour fondement l'unité du peuple de Dieu, l'unité dans la liberté des enfants de Dieu. Prier pour l'unité chrétienne, de manière la plus inclusive, prier pour toute l'église du Christ que lui seul connaît, c'est participer à cette folie, au zèle de la maison de notre Dieu. Ne pas s'en tenir aux divisions que nous fondons sur nos nationalités, nos propriétés, nos pratiques religieuses, nos manières de voir ou de parler, nos cultures ou nos manière de faire, ne pas cultiver les oppositions et les antagonismes.

La résurrection vient nous montrer que tout ça c'est la mort, et que le vent de la vie, l'Esprit qui donne la vie veut nous emporter, tous, dans l'amour, pour être ensemble le peuple que Dieu conduit.

Au Christ seul soit la gloire, Amen.


1 Description du temple chez Nouis, L’aujourd’hui de l’évangile,  p. 331

dimanche 1 janvier 2017

vivre à Caulmont: Bonne année !

vivre à Caulmont: Bonne année !: Qu'elle est bonne cette tradition d'entamer l'année avec des vœux ! C'est une manière d'ouvrir l'avenir à des possib...

dimanche 25 décembre 2016

Prédication du jour de Noël 2016

Evangile selon Luc, chap. 2, v. 1 à 21 :
Or, en ce temps là, paru un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier. Ce premier recensement eu lieu à l'époque où Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire recenser dans sa propre ville : Joseph aussi monta de la ville de Nazareth en Galilée à la ville de David qui s'appelle Bethléem en Judée, parce qu'il était de la famille et de la descendance de David, pour se faire recenser avec Marie son épouse qui était enceinte. 
Or, pendant qu'ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier né, l'emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la salle d'hôtes. Il y avait dans le même pays des bergers qui vivaient aux champs et montaient la garde pendant la nuit auprès de leur troupeau. Un ange du Seigneur se présenta devant eux, la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière et ils furent saisis d'une grande crainte. L'ange leur dit : "soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout le peuple : Il vous est né, aujourd'hui dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur ; et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau né emmailloté et couché dans une mangeoire". Tout a coup il y eut avec l'ange l'armée céleste en masse qui chantait les louanges de Dieu et disait : "gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bienaimés". 
Or, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, les bergers se dirent entre eux : "allons donc jusqu'à Béthléem et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître". Il y allèrent et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers. Quant à Marie, elle retenait tous ses événements en en cherchant le sens. Puis les bergers s'en retournèrent, chantant la gloire de Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu, en accord avec ce qui leur avait été annoncé. Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l'enfant, on l'appela du nom de Jésus, comme l'ange l'avait appelé avant sa conception.
« Nous ne pourrions donc maintenant avoir notre refuge dans le Seigneur Jésus Christ étant assis à la droite de Dieu son Père, en la gloire des cieux, sinon qu'il se fut abaissé jusques là de se faire homme mortel, et d'avoir une condition commune avec nous. Et voilà pourquoi aussi, quand il est appelé Médiateur entre Dieu et les hommes, ce titre d'homme lui est spécialement attribué : comme aussi par une même raison il est appelé l'Emmanuel, c'est à dire Dieu avec nous.

Ainsi toutes les fois que nous avons à chercher notre Seigneur Jésus Christ pour trouver en lui allégement de nos misères et une protection sûre et infaillible, il nous faut commencer par sa naissance. Or non seulement il nous est récité qu'il a été fait homme semblable à nous, mais qu'il s'est tellement anéanti qu'à grand peine  a-t-il été réputé du rang des hommes. Il a été banni comme de tout logis et compagnie, il n'y a eu sinon une étable et une crèche pour le recevoir »

1- C'est de cette manière qu'au XVIe siècle Jean Calvin ouvrait sa prédication sur la nativité. La naissance de Jésus est signe de l'anéantissement de Dieu vers notre humanité. Un anéantissement marqué par l'étable et la crèche. Anéantissement de Dieu, la théologie scolastique parle volontiers de la descensus, de la descente de Dieu. Cet anéantissement, cette descente est particulièrement marquée par l'évangéliste Luc dans ce passage du chap. II.

D'abord le cadre historique qui est donné par l'évangéliste : le décret de César Auguste, le recensement au temps de Quirinius : tout ici rappelle que nous sommes sur une terre colonisée. Si Jésus est fils de David, et c'est pour ça qu'il nait à Béthléem, si Jésus est fils de David, il d'abord le fils d'une population soumise aux caprices de Rome et de son empereur. Premier élément d'une humilité forcée.

Joseph  monte à Béthléem en obéissance à l'empereur, et le texte nous dit qu'il monte « pour se faire recenser avec Marie son épouse qui était enceinte ». Si l'évangéliste Luc présente parfois Marie sous les traits de la vierge choisie par Dieu pour son dessein, ici la présentation est des plus sobres - deuxième trait soulignant l'anéantissement : Marie est ici l'épouse de Joseph, elle est enceinte – aucune allusion à ce qui a pu être dit avant, à l'ange Gabriel, à une conception miraculeuse – rien. L'évangéliste Luc est très sobre. Nous avons un couple qui paraît sans histoire. Ce n'est pas avec ce texte que l'on pourrait établir une naissance miraculeuse !

Troisième élément soulignant cette descensus : Ce couple ne trouve pas de place dans l’hôtellerie. Ce couple est contraint de loger avec les bêtes. C'est ce qui faisait horreur à Calvin : « Il a été banni comme de tout logis et compagnie, il n'y a eu sinon une étable et une crèche pour le recevoir » disait le réformateur.

Enfin le rôle par les bergers ne peut être qu'un élément de plus marquant l'anéantissement de Dieu. Les bergers sont ses gens infréquentables, qui passent les nuits dehors, mi-brigands, mi-vagabonds, ils ne sont fidèles au propriétaire du troupeau qu'à condition d'un bon salaire. Or c'est à eux qu'est faite la révélation, c'est à eux qu'un ange apparaît, c'est pour eux que l'armée des cieux vient chanter le gloria : « gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bienaimés ».

Et même quand on suit ces bergers jusqu'au terme du passage on réalise que ces bergers vont avoir le même rôle que les anges – car après avoir vu Jésus, ils vont reprendre la louange du Dieu sauveur. Ils ont reconnu le Seigneur dans le petit enfant qui vient de naître. Dans un même chant les bergers disent la gloire de Dieu et sa proximité à notre humanité.

Un peuple colonisé, un couple comme un autre, une étable sans humanité, des bergers porteur de louange à la place d'anges : voilà l'anéantissement de Dieu à Noël, voilà la descensus de Dieu, la descente de Dieu. Jésus figure l'Emmanuel, il est Dieu avec nous, Dieu nait au monde sous les traits d'un petit homme.

Suivant cette idée, Théodote d'Ancyre, père de l’Église du IV ème siècle écrivait :  « Le maître de tous est venu dans la forme d'esclave. Revêtu de pauvreté, il naît d'une vierge qui est pauvre, et tout autour de lui, est pauvre et silencieux afin de gagner l'homme au salut... »

2- Alors, pourquoi parler d'anéantissement ? Quel est le sens de cette descensus ? Quelle idée veut souligner l'évangéliste quand il ouvre son récit de la bonne nouvelle de cette manière ? Faut-il le rappeler, ce récit de crèche n'a rien d'historique – c' est une métaphore. Car oui, il ne faudrait pas oublier de le dire – quand on lit les récits de nativités, nous ne sommes pas là en présence d'un récit historique, mais bien d'un écrit théologique.  Nul ne saurait dire comment Jésus est né, mais ces textes ont été rédigés après coup pour être porteur de sens, pour être symboliques.

D'ailleurs, les évangélistes Marc et Jean n'ont même pas essayer d'écrire quelque chose à ce sujet et font commencer leurs évangiles au moment du baptême de Jésus, lorsqu'il a l'âge adulte. Matthieu et Luc recomposent une histoire, et cette histoire est une introduction à la proclamation du règne de Dieu par le Christ Jésus. Cette introduction, peut-être comporte-t-elle quelques éléments historiques véhiculés par des traditions, peut-être, mais nous n'en savons rien. Car une fois encore, l'histoire n'est pas l'objet de ces textes, ce qui est l'objet de ces textes c'est le témoignage au royaume de Dieu, à la bonne nouvelle.

Matthieu et Luc qui seuls témoignent de ce qu'on appelle « un évangile de l'enfance » ne font pas ici œuvre d'historien. L'événement n'a pas beaucoup de sens. Ainsi Luc raconte plus la nuit de Noël du point de vue des bergers que du point de vue de Marie ou de Jésus. La naissance de Jésus est décrite en 2 versets : les v. 6 et 7, mais c'est l'apparition faite aux bergers qui appelle les v. 8 à 20. L'histoire n'est pas l'objet de ce texte, mais bien la révélation de Dieu aux hommes, la bonne nouvelle.

Ainsi l'ange dit aux bergers la naissance d'un sauveur dont la crèche est un signe. Métaphore, symbolique. Il faut savoir voir au-delà de la petite histoire d'une naissance, pour discerner le signe, pour entendre combien tout ici parle en symbolique.

Aussi sans vouloir "casser l'ambiance" de Noël, le signe de la crèche au début de la vie de Jésus renvoie au signe de la croix à la fin de sa vie :
La crèche comme la croix situent Jésus en dehors de la ville, l'une comme l'autre le place dans la soumission à l'occupant romain, il est toujours du côté des exclus de notre humanité – les bêtes ou les condamnés. La crèche et la croix : les deux symboles sont liés. La crèche ouvre l'évangile que la croix vient clore. Les deux symboles se répondent l'un a l'autre. Ils figurent le même anéantissement, la même descente de Dieu sur terre.

Et même quand on s'attache aux mots précis employés par l'évangéliste : la salle dans laquelle il n'y a pas de place pour Marie et Joseph au jour de la naissance, est désignée par le même mot que la salle dans laquelle aura lieu l'institution de la cène : le dernier repas de Jésus avec les douze.
Quand il est dit que Marie enveloppa Jésus de langes et le déposa dans une crèche, comment ne pas entendre que Joseph d'Arimathée « enveloppera Jésus dans un linceul et le déposera dans un tombeau ».
Notons encore que dans la nuit de Noël, la lumière surgit du ciel, il fit jour en pleine nuit – alors qu'au moment de la crucifixion il fit nuit en plein jour.

La crèche est un signe, la naissance de Jésus dans le monde est un commencement d'une descente de Dieu, il est Dieu avec nous, mais l'accomplissement de cette descente, le paroxysme de l'anéantissement, c'est à la croix qu'il aura lieu. J'ai ouvert cette prédication en citant Calvin, à l'aube de 2017 où nous célébrerons le demi millénaire de la réforme luthérienne, il faut tenir fermement l'affirmation de Luther « en Christ crucifié est la vraie théologie ».

Même à Noël : En Christ crucifié est la vraie théologie : cela veut dire que la crèche ouvre l'évangile qui prend son sens à la croix – c'est la même descente, le même anéantissement, la même proximité de Dieu avec les hommes dont il est question. Dire cela ce n'est pas casser l'ambiance de Noël, au contraire, au risque de surprendre : là est la joie de Noël, en vérité !

3- Oui : joie de noël que l’anéantissement de Dieu, joie de Noël que l'enfant emmailloté dans la crèche préfigure le défunt attaché à la croix, joie de noël que des bergers « dans nos campagnes » remplacent « les anges du ciel », joie de Noël que le maître se soit fait esclave. Tout ça est une bonne nouvelle. Tout ça est une bonne nouvelle car Dieu nous emporte avec lui, dans son anéantissement.

Tout ça est une bonne nouvelle, car résonne ici l'accomplissement de la promesse : Dieu est Dieu avec nous. Dieu est avec nous, avec nos vies, quelles qu’elles soient. Dans son anéantissement, Dieu emporte toutes nos prétentions à paraître quelqu'un. Nous sommes tous des moins que rien, et c'est avec nous quelque soit notre misère et notre péché que Dieu fait alliance. Dans sa descente, Dieu nous met à bat de tous nos piédestaux, et c'est libérateur.

L'évangile, la bonne nouvelle c'est bien que Dieu se soit fait homme pour nous soustraire à toutes nos envies de vouloir construire nos vies, de vouloir paraître les meilleurs. Entendre que devant Dieu nous n'avons rien à prouver mais juste à accepter. Accepter de trouver Dieu dans un enfant, accepter d'être accueillis par Dieu quoique nous soyons inacceptables.

Oui, aujourd'hui l'évangile nous affirme que peu importe, qu'il n'y ait pas de place pour nous dans la salle des gens biens, car Dieu nous attend à l'étable. Peu importe que nous n'ayons pas la carrière que nous pensions mériter, Dieu apparaît aux bergers parias et moins que rien. Peu importe les jugements que nous portons sur nos vies ou que d'autres portent sur elles...  Accepter de faire de Dieu son refuge, arrêter la course folle des prétentions et du vouloir se sauver soi-même, imposer silence à nos volontés de puissance et de paraître.

joie de noël que l’anéantissement de Dieu, joie de Noël que l'enfant emmailloté dans la crèche préfigure le défunt attaché à la croix, joie de noël que des bergers dans nos campagnes remplacent les anges du ciel, joie de Noël que le maître se soit fait esclave. Tout ça est une bonne nouvelle. Tout ça est une bonne nouvelle car Dieu  emporte avec lui toutes nos prétentions, dans son anéantissement, et de là surgit l'espérance de la résurrection.

Alors reste l'homme Jésus témoin de l'amour du Père, un amour qui trace le chemin du royaume. Un amour qui nous prend tels que nous sommes. Joie de Noël, cet amour est pour chacune, chacun d'entre nous. Joie de Noël, cet amour est plus fort que toutes nos morts.

4- Accepter de faire de Dieu son refuge, entendre que nous sommes aimés malgré tout, malgré nous.
Entendre cette parole de la joie de Noël c'est d'abord se désarmer de toute la violence et de toute les souffrances qu'engendre nos prétentions et nos volontés de puissance et de paraître. Oui l'évangile de Noël ce n'est pas la volonté de puissance des religieux qui veulent imposer leur ordre au monde – que ces religieux soient des fanatiques musulmans, des orthodoxes russes intransigeants ou des évangéliques américains. Car ce sont les mêmes : ces hommes et ces femmes – mais surtout des hommes - , qui au nom de la religion veulent changer le monde par la force et la contrainte, sans rien entendre d'une parole de vie, d'un parole d'amour. Notre époque est encore à l'heure des crispations et des violences ; quelque soit le lieu du globe où nous portons nos regards : la haine et les volontés puissances semblent l'emporter.

Au cœur de ce monde, célébrer la joie de Noël, c'est faire mémoire l'homme Jésus témoin de l'amour du Père. Faire un pas de côté par rapport à toutes les sombres perspectives pour marcher à la suite d'un amour qui trace le chemin du royaume. Ici, sur notre terre, quelque soit sa violence et ses haines. Un amour qui nous prend tels que nous sommes. Joie de Noël : cet amour est pour chacune, chacun d'entre nous. Joie de Noël, cet amour est plus fort que toutes nos morts, nous sommes appelés à être ressuscité. Joie de Noël qu'aucune menace terroriste, qu'aucune peur, qu'aucun plan vigipirate, que rien ne pourra jamais nous ôter. Pas même la mort, puisque le Christ nous emmène avec lui de la mort à la vie.

Ainsi toutes les fois que nous avons à chercher notre Seigneur Jésus Christ pour trouver en lui allégement de nos misères et une protection sûre et infaillible, il nous faut commencer par sa naissance. Disait Calvin, là se dessine le combat de la vie face à la violence du monde, là se trace le chemin du royaume sur cette terre. Là s'entend la bonne nouvelle : quelques soient nos vies, quelques soient nos morts : nous sommes appelés à l'amour – protection sûre et infaillible.

Rien ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur.
A lui seul soit la gloire !
A nous : la joie imprenable et la paix... malgré tout. 
Amen.