samedi 5 janvier 2019

Confession de foi pour l'épiphanie


Une étoile a brillé au firmament :
Nous croyons en Dieu qui es au cieux et qui brille jusqu'à nous.
Il nous illumine et nous met en marche.

Une étoile a guidé les mages :
Nous croyons en Dieu dynamique pour nos vies
Il nous entraîne et nous met en joie.

Une étoile a éclairé la crèche de Bethléem :
Nous croyons en Dieu que nous rencontrons dans le Christ Jésus
Il est devenu l'un de nous et fait de nous des femmes et des hommes libres

Des étoiles brillent encore chaque nuit :
Nous croyons en Dieu présent pour nous aujourd'hui
Il éclaire nos ténèbres et il fonde notre espérance, en vérité.

mardi 25 décembre 2018

Dieu a tant aimé le monde - prédication de Noël


DIEU A TANT AIME LE MONDE !
Prédication de Noël, donnée au temple du Chambon sur Lignon, ce 25 décembre 2018

Lecture du prologue de l’évangile selon Jean, chap. 1, 1 à 18 :
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.Il était au commencement tourné vers Dieu.
Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes, et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise.
Il y eut un homme, envoyé de Dieu: son nom était Jean. Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. Il n'était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière.
Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu. Il est venu dans son propre bien, et les siens ne l'ont pas accueilli. Mais à ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu. Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père. Jean lui rend témoignage et proclame: "Voici celui dont j'ai dit: après moi vient un homme qui m'a devancé, parce que, avant moi, il était."
De sa plénitude en effet, tous, nous avons reçu, et grâce sur grâce. Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Personne n'a jamais vu Dieu; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a dévoilé.

Sœurs et Frères , Il est né le divin enfant !
Nous voici à nouveau, et pour une nouvelle foi(s), cette année dans la contemplation du petit enfant de la crèche. Un nouveau-né emmailloté dans une mangeoire, déposé par Marie dans une crèche d’herbe. Ce petit enfant est le prélude du don de Dieu, un don de Dieu que le prologue met en mot, traduit en poésie peut-être, comme un nouveau récit de la création.
La naissance du petit enfant est le prélude du don de Dieu – un don qui va s’épanouir dans le ministère du Christ Jésus et dont le plein accomplissement interviendra dans la nuit du vendredi saint – don au-delà de tout don qui ouvrira tous les tombeaux pour qu’au matin de Pâques jaillisse la joie de la vie éternelle. C’est de cette vie, déjà là, dont témoigne la naissance de Jésus, une naissance qui est un don joyeux. C’est de cette vie dont le prologue parle au commencement de l’évangile selon Jean.
Ce don de vie est le don de la vie de Dieu lui-même au cœur de ce monde :
Le « monde » dont il est question, ici, dès les premières paroles de l'évangile selon Jean. Il s'agit du cosmos : un monde organisé et structuré par le Verbe de Dieu. « Le Verbe était dans le monde, et le monde fut par Lui » [1]. . Le monde cosmos renvoi à la notion de création voulue par Dieu qui traverse les deux testaments depuis le texte de Genèse 1. Une création ordonnée, structurée par la parole de Dieu. Une création pensée par Dieu, parlée par Dieu dans laquelle la femme et l’homme sont insérés.
Traditionnellement, cette création transparaît dans le récit de Noël dans la ruralité des récits de la naissance de Jésus, par leurs caractéristiques champêtres, quand il est question de bergers, de troupeaux, d’une crèche d’herbe. Ici le prologue fait une référence peut être plus littérale, plus formelle.
Ce monde, nous le retrouvons ensuite dans la proclamation de Jean le Baptiste, juste 10 versets après ce prologue : « Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » [2]. La formule est là je le crois à entendre : il ne s'agit pas d'enlever le péché des femmes et des hommes, le salut annoncé, la libération proclamée, la bonne nouvelle concerne le pardon, le pardon est donné sur le péché du monde.
L'affirmation d'un salut du monde précédant un salut individuel du croyant peut se retrouver quand le Christ s'affirmera lumière du monde reprenant ce thème du prologue : la lumière est venue dans le monde, et le monde a préféré les ténèbres. Cette image de la lumière le Christ la reprendra en déclarant : « Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde » [3] .
A Noël, le christ est lumière du monde, lumière de Dieu venue pour le monde. Nous entendons alors le prologue comme le prélude d’une parole que Jésus dira au chap. 3 de l’évangile selon Jean, à Nicodème : « Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ».
Ce verset formule une affirmation de la bonne nouvelle C’est l’évangile[4].. « Dieu a tant aimé le monde ». Ces quelques mots disent donc quelque chose de central de l'Evangile – une thématique que le Christ Jésus développera en disant « Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (v. 17). Avant d'être l'annonce d'un salut personnel et individuel, pour celles et ceux qui croient, la bonne nouvelle concerne le monde, elle est une affirmation universelle ou cosmique.
La bonne nouvelle est d'abord pour le monde puis pour le salut des personnes et des individus. Pour autant le monde dans l'évangile selon Jean n'est pas qu'une réalité positive, loin de là. Le monde est le lieu du refus de l'évangile, quand bien même celui-ci le concerne en premier. Ce refus est formulé dès les premiers mots du prologue que nous avons entendu : « le Verbe était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu ». Cette non-reconnaissance est formulée plus loin dans l'évangile en terme de haine, il s'agit alors de dire l'opposition et la contestation à l'évangile[5]. Une opposition ou une contradiction qui sera personnifiée dans les discours de Jésus par la figure du prince de ce monde[6].
Ce matin, alors qu’avec l’aube de Noël nous contemplons l’image champêtre de la crèche d’herbe théâtre de la naissance du petit enfant, nous entendons aussi le prologue de l’évangile de Jean. Ce tenant, nous avons deux aspects du Christ Jésus qui dans leur union sont fondamentaux pour comprendre le don Dieu.
Le Christ Jésus, le petit enfant, entre le bœuf et l’âne gris comme dit la tradition provençale alors que l’évangile selon Luc ne parle que d’une étable, ce petit enfant dans la paille, renvoi à la naissance d’un berger, d’un pâtre. Avec la crèche nous avons l’image bucolique d’une vie simple et d’une vie saine, une vie sereine et naturelle. Et oui, le Christ Jésus est le bon berger.
Avec le prologue de Jean, le Christ est la lumière du monde – il est le verbe de Dieu. Un Christ philosophe en quelque sorte en ce qu’il porte jusqu’au bout l’idéal d’une vie en vérité et d’une vie juste. En tenant ensemble la crèche et le prologue nous avons un portrait complet du Christ berger et du Christ maître de la vérité.

Le théologien catholique Falk Van Gaver disait dans ce sens : « En Christ s’unissent la figure du pâtre et du philosophe, la nostalgie de la vie simple et l’aspiration à la vie bonne et cela est un signe fort pour notre temps » [7].
Dieu a tant aimé le monde. C’est au monde qu’est donné ce matin l’enfant Jésus. C’est pour le monde que le Christ vient être la lumière, il vient témoigner dans le monde d’une vie simple et bonne. Nous célébrons aujourd’hui la naissance du petit enfant qui sera le berger du peuple de Dieu et le maître de la vraie vie – une vie réconciliée avec soi-même, avec les autres et avec Dieu, une vie réconciliée au cœur de ce monde. Une naissance qui est un don pour le monde.
Pour le monde arrêtons-nous un instant. Le Christ ne vient pas pour témoigner de l’amour de Dieu pour l’humain mais pour le monde, pour un monde auquel appartient notre humanité. Cette incarnation, Dieu fait chair dans le petit enfant est signe pour le monde. Arrêtons nous un instant car dans le protestantisme nous cultivons souvent la relation personnelle avec Dieu, nous centrant sur la relation entre l’homme ou la femme avec son Dieu. C’est pour une part une bonne chose.
La lecture de la Bible et la prière nous invitent et nous permettent à être en lien direct avec notre créateur. A titre d’exemple de cette relation personnelle, soulignons aujourd’hui la dynamique voulue par l’Eglise Protestante Unie pour l’année à venir : lire la Bible. Nous protestants, nous croyants, nous sommes invités à ouvrir la Bible plus qu’à laisser croire que nous l’avons peut-être lu un jour, ou du moins qu’un jour nos grands parents l’ont lu. C’est à nous aujourd’hui d’ouvrir le livre. La lecture de la Bible et la prière nous invitent et nous permettent d’être en lien avec notre créateur, notre seigneur. Mais avec ces outils, toujours à reprendre, très justement, nous nous souvenons alors que sommes en lien direct avec celui qui nous a placé au cœur de la création, au cœur de ce monde.
Nous n’avons pas d’autres mondes que le nôtre pour vivre avec Dieu et c’est ce monde qui est le premier destinataire de l’amour de Dieu. Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils.
Oui, à Noël l’Evangile nous invite à nous tourner vers Dieu pour ouvrir nos cœurs à ce monde. Dieu a choisi de venir vivre dans notre monde. Entendre que le monde est le premier destinataire de l'amour de Dieu c'est d'abord nous rappeler, à nous croyants que nous ne sommes pas des extraterrestres et que nous ne sommes pas appelés à le devenir. Vous avez peut-être lu dans la presse cette semaine que la Nasa a trouvé un lac glacé sur la planète Mars. Aujourd’hui plus d'argent est dépensé et plus de recherche et développement sont mis en oeuvre pour chercher de l'eau sur la planète Mars que pour donner à boire aux populations en souffrance de notre monde. Et dire cette vérité ce n'est pas être un ultra-gauchiste. Il est bon de se le rappeler : Nous ne sommes pas appelés à vivre comme des extraterrestres, nous sommes destinataires de l'amour de Dieu en tant que nous sommes participants à ce monde.
Au-delà de cet exemple précis de la recherche d’eau sur Mars, devant l’enfant qui vient de naître, à Noël, il faut assumer quelque chose que nous croyant nous avons peut être encore du mal à comprendre et que les églises ont eu du mal à entendre, il a fallu du temps, mais nous y arriverons car nous n'avons pas le choix : il n’y a pas de conscience évangélique sans conscience écologique. A Noël, Dieu a choisi le monde, il a choisi ce monde pour être le lieu de la rencontre avec lui. Nous ne sommes pas invités à espérer en des cieux élevés. La foi chrétienne n’est pas l’espérance en un ailleurs. Nous n’avons pas à croire non plus que la technique et la technologie pourront soulager toutes nos souffrances. Que notre vie ne serait pas bonne et qu'il faudrait l'augmenter par un transhumanisme fantasmatique. Non ! C’est ici, au cœur du monde, telle que la vie nous est donné qu’il nous est demandé de vivre l’amour dont nous a témoigné le bon berger et le maître de la vie. Et dire cette vérité ce n'est pas être un ultra-traditionaliste anti-moderne.
Ni gauchiste, ni traditionaliste, juste chrétien : il n'y a pas de conscience évangélique sans conscience écologique. A Noël, Dieu a choisi ce monde comme objet d'amour et pour venir y vivre.
Pour entendre ce lien, fort et premier, entre la conscience évangélique et la conscience écologique, les églises de France, dans un mouvement œcuménique, se sont dotées d’un label, le label église verte. Ce label permet aux paroisses, aux communautés, à tous les lieux d’églises d’ancrer leur fidélité à Dieu au cœur de ce monde. Ce label est positif en ce qu’il donne une grille d’évaluation qui permet à chaque institution, à chaque lieu d’église de réaliser ce qu’il fait déjà pour la création, et donc aussi ce qu’il pourrait faire de plus. Il ne s’agit pas de se culpabiliser mais bien d’entrer dans une relation d’amour, pour être témoin de l’amour que Dieu nous porte. Chaque lieu d’église est invité à entrer dans cette démarche. Il y a urgence. Le monde, objet de l’amour de Dieu, est en souffrance, il est en souffrance et nous avons individuellement et collectivement notre part de responsabilité.
Alors, bien entendu, il y aura toujours des membres de nos églises pour considérer qu’il y a d’autres urgences : certains parleront des urgences sociales avec le diaconat et l’entraide, d’autres parleront de l’urgence d’évangéliser et que la lutte contre la sécularisation doit être première, et j’en passe. Chacun aura raison selon son point de vue. Sauf que le lien entre l’écologie et l’évangile n’est pas un combat de plus, ce n’est pas une option, ni une idée un peu bobo ou un truc de nantis, c’est le sens premier d’un Dieu qui choisit le monde, notre monde comme destinataire de son amour, et c’est à cause de cet amour pour le monde que nos autres combats prennent sens. C'est à cause de cet amour pour le monde que nous sommes invités à lutter contre les inégalité en nous aimant les uns les autres en s'engageant dans la lutte contre les fléaux sociaux. C'est de cet amour pour le monde dont il nous faut témoigner en lutant contre la sécularisation qui dessèche la vie de toute portée et dimension spirituelle.
Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique.
La naissance du petit enfant est le prélude du don de Dieu – un don qui va s’épanouir dans le ministère du Christ Jésus et dont le plein accomplissement interviendra dans la nuit du vendredi saint – don au-delà de tout don qui ouvrira tous les tombeaux pour qu’au matin de Pâques jaillisse la joie de la vie éternelle. C’est de cette vie, dont témoigne la naissance de Jésus, une naissance qui est un don joyeux. C’est de cette vie dont le prologue parle au commencement de l’évangile selon Jean.
Aujourd’hui cette naissance fait signe pour nous inviter à reprendre la prière et la lecture de la Bible, et pour nous donner d’articuler la conscience évangélique avec une conscience écologique. Car oui, la joie de Noël nous est donnée par le lien avec Dieu, et elle nous est donnée pour être à notre tour les reflets de la lumière du Christ.
Qu’il nous soit donné de vivre un joyeux Noël, en conscience, au cœur de ce monde. Au Christ seul soit la gloire. Amen.





[1] Jn. 1, 10 et cette affirmation de la création du monde peut être lue dès Jn. 1, 2-3 : « Le Verbe était au commencement tourné vers Dieu. Tout fut par lui, et rien de ce qui fut ne fut sans lui ».
[2] Jn. 1, 29
[3] Jn. 6, 33
[4] Nous pouvons en effet nous souvenir que cette parole de Jésus a été pendant la majeur partie du XXème siècle l'expression centrale de la bonne nouvelle, le Kérygme, affirmée par l'église réformée de France au cœur de sa déclaration de foi adoptée en 1938 aujourd'hui remplacée par la déclaration de foi de l'Eglise Protestante Unie (https://www.eglise-protestante-unie.fr/actualite/declarer-sa-foi-11073). Cette centralité n'est pas un monopole protestant. Commentant ce verset lors de l'Angelus du dimanche 11 mars 2018, le Pape François disait : « Ces paroles, prononcées par Jésus (dans son dialogue avec Nicodème), synthétisent un thème qui est au centre de l’annonce chrétienne » (http://m2.vatican.va/content/francesco/fr/angelus/2018/documents/papa-francesco_angelus_20180311.html).

[5] Cf. Xavier Léon-Dufour, Lecture de l'évangile selon Jean t. I, Paris, Seuil, 1988, p. 305s et Jean Zumstein, L'évangile selon saint Jean (1-12), Genève, Labor et Fidès, 2004, p. 121
[6] Jn. 12, 31
[7] Falk Van Gaver, l’écologie selon Jésus Christ, p. 133

vendredi 14 décembre 2018

Petit coup de pub

Vivre, prier & méditer

reçu ce jour, un très beau livre de prière et de méditations, très joliment illustré !
(et non je ne touche pas de droits d'auteurs ou autre avantage à partager ce bouquin...)

https://www.editions-olivetan.com/accueil/908-vivre-prier-mediter.html

dimanche 16 avril 2017

Roule la pierre, souffle la liberté... Prédication du dimanche de Pâques - MARC, chap. 16, 1-8

Evangile selon Marc, chap. 16, v. 1 à 8

Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller l'embaumer. Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil étant levé. Elles se disaient entre elles: "Qui nous roulera la pierre de l'entrée du tombeau?" Et, levant les yeux, elles voient que la pierre est roulée; or, elle était très grande. Entrées dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d'une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur.
Mais il leur dit: "Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié: il est ressuscité, il n'est pas ici; voyez l'endroit où on l'avait déposé. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre: Il vous précède en Galilée; c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit. Elles sortirent et s'enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

Là où est l’esprit du Seigneur, là est la liberté. Amen. 

La pierre a été roulée, quand bien même elle était très grande. Un homme apparaît aux femmes venues embaumer un mort pour annoncer la vie. Le Christ vous précède en Galilée. Une belle parole – le Christ vous précède en Galilée - le ressuscité est à la fois chez vous et au-devant de vous. Il vous invite à repartir dans vos vies, mais il  vous ouvre à l'avenir, il vous ouvre à la liberté. 
Le Christ est mort, et il est ressuscité : il est vraiment ressuscité ! Il s’est échappé du tombeau, il s’échappe de toute main mise et il ouvre l’avenir. Les femmes se retrouvent face au vide du creux du rocher : il faut qu’elles sortent, elles s’enfuient nous dit Marc, Elles s’enfuient tremblantes et bouleversées car là, dans cette liberté infinie du Christ vivant, là se dit quelque chose de la responsabilité ineffable du croyant.
Dans un beau livre publié en ce début d’année 2017, intitulé : vivre la liberté, le pasteur James Woody qui sévit d'ordinaire à Montpellier, écrit : 
« La liberté est un processus infini. Il ne suffit pas d’avoir été libéré une fois pour être libre à jamais. Il ne suffit pas de s’être engagé dans la voie d’une vie libre pour l’être effectivement. L’histoire de Jésus et de ses disciples montre que ce chemin de liberté est un chemin infini. De même que Jésus est insaisissable, qu’il échappe aussi bien à la foule qui veut le retenir, qu’à Marie qui voudrait l’embaumer, il échappe aux discours qu’on tient à son sujet, il ne se réduit pas à ce que le jugement du Sanhédrin peut en dire » (p. 185)
Fin de citation «Vivre la liberté », pasteur James Woody un livre publié au Cerf – je ne peux que vous en recommander la lecture.  
Ainsi la résurrection affirme dans l’histoire le souffle de la liberté infinie de Dieu. La résurrection clôt le récit de la vie de Jésus, mais c’est une clôture qui est, paradoxalement, une ouverture infinie au souffle de la liberté de Dieu dans un premier matin de Pâques. Le Christ ressuscité est insaisissable : à la fois chez nous et au-devant de nous, il nous invite à inscrire la bonne nouvelle dans nos vies, et il nous ouvre l’avenir dans une totale liberté. 
Pâques, faut-il le rappeler, avant que ne meure le Christ crucifié attaché au bois, et avant que le soleil ne se lève ce matin à la tombe, Pâques c’était déjà le passage – pâques PESSAH en hébreu veut dire passage – passage de la maison de servitude à la liberté, passage de l’esclavage en Egypte à la marche au désert marche vers la terre promise, Pâques c’était déjà ce passage, cette ouverture de liberté pour le peuple choisi par l’Eternel de toute éternité – ce dont témoigne le livre de l’Exode dans nos Bibles. 

Pâques : souffle la liberté

Avec la sortie d’Egypte, avec le Christ ressuscité nous sommes à l’origine de ce processus infini. Double origine de la liberté, car l’origine n’est jamais simple : quand vous ouvrez le livre de la Genèse, il y a deux récits de la création – dans la Bible Dieu créé le monde deux fois, car dans la répétition se dit l’insistance mais aussi l’affirmation redoublée que nous n’avons pas la main mise sur nos origines, qu’elles nous échappent, que tout ça n’est pas l’objet d’un savoir, mais qu’il y a là une parole à entendre – deux paroles redoublées, une parole redoublée pour celles et ceux qui ont deux oreilles. 
Avec la sortie d’Egypte, avec le Christ ressuscité nous sommes à l’origine de la liberté que Dieu veut pour nous. Pour nous, pour chacune, pour chacun de nous – c’est ce que vient affirmer le sacrement du baptême que nous avons célébré ce matin. Etre baptisé, c’est accepter d’être au bénéfice de cette ouverture à la liberté que Dieu veut pour nous, pour chacune, pour chacun. Recevoir le baptême c’est se placer sous l’inspiration de Dieu, sous le souffle de Dieu, et c’est être ici et maintenant un artisan du Royaume de Dieu, avec ses fragilités mais aussi avec la force de son espérance. Fragilité et force de l’enfant qui reçoit le baptême sans rien comprendre. 

Et pourtant là, souffle la liberté. 

Un grand théologien protestant du siècle dernier, Karl Barth, disait du baptême qu’il est « un acte d’espérance ». Un acte d’espérance : là où il n’y a pas d’espérance, il n’y a pas de liberté. L’espérance ouvre la vie vers l’avenir, et vers l’au-delà des limites que nous connaissons à nos vies. Elle transforme nos vies présentes, par la liberté donnée, en les orientant vers le service de Dieu et des autres. 
On dit parfois que le baptême est « une porte d’entrée de l’église », ça me gêne toujours un peu car cette image dessine un dedans et dehors - or le Christ a lutté pour affirmer que Dieu est autant dehors que dedans, et dans l’évangile : la prédication, le miracle, le témoignage, tout le ministère de Jésus a eu lieu autant dehors que dedans les synagogues et le temple. Et à la fin, le tombeau est ouvert, il n’y a pas de lieu pour enfermer ni Dieu ni Christ.  
Le croyant, le Chrétien est ainsi témoin de quelque chose qui dépasse l’église, qui dépasse la communauté croyante ; le souffle de la liberté abolit les frontières, les murs et les clotures, ce souffle qui ouvre le tombeau à Pâques laisse nos portes ouvertes. Oui, si le baptême est une porte d’entrée de l’église, il est alors une porte éternellement ouverte, une porte ouverte au milieu d’autres portes – d’autres manière de croire, d’autres manière de vivre, d’autre manière de dire sa foi. 
Oui, l’église doit être un lieu ouvert pour que souffle la liberté de la résurrection, la liberté de Pâques. 

Dans l’église : souffle la liberté 

Oui, nos églises doivent être des lieux de liberté. Si j’affirme ici que la porte du baptême est une porte éternellement ouverte, il ne s’agit pas d’ouvrir la porte au n’importe quoi. Une église doit être gouvernée, et il n’y a pire régime que celui où chacun fait ce qu’il veut comme il veut, sans considération pour l’amour du prochain. Ainsi, les constitutions et règlements dont l’église s’est dotée ne sont pas des options à la vie de l’église mais bien des supports, des tuteurs, des axes qui garantissent que nous soyons tous unis et soumis au Christ vivant. 
Soumis au Christ vivant qui depuis la résurrection vit avec nous et au-devant de nous. Soumis au Christ vivant plutôt qu’aux volontés, aux désirs et aux souhaits de quelques-uns. Même si ces attristants prétendent détenir une vérité. Car oui la seule soumission à vivre dans l’église, la seule obéissance à avoir, c’est au Seigneur qu’elle se vit et pas à quelques-uns. Soumission au Seigneur qui n’est pas un pieux souvenir à embaumer, une tradition a entretenir, mais une présence vivante, avec nous et au-devant de nous. 
La seule autorité qui nous rassemble c’est le ressuscité qui nous appelle à franchir les peurs et à nous affranchir des désespérances. Et c’est cette autorité du Christ vivant, cette présence avec nous et au devant nous du Christ ressuscité qui, malgré les écueils que peut connaitre l’église en interne, les envies et les soifs de pouvoir, les rivalités ou les questions de personnes ; c’est la soumission au Christ vivant qui permet de franchir la peur, la peur qui rend muette les femmes au tombeau, la peur, le mutisme qui empêche le témoignage, la peur qui fait encore et toujours hésiter à parler de résurrection, quand bien même il nous faut reconnaître que nous ne connaissons pas tout de ce que nous disons. 

Le Christ est ressuscité ! Souffle la liberté

En église, nous avons dans le monde à être témoin du souffle de la liberté de Dieu. 
Oui, une fois encore : la résurrection affirme dans l’histoire le souffle de la liberté infinie de Dieu. Un dynamisme qui nous porte et nous envoie. La résurrection clôt le récit de la vie de Jésus, mais c’est, paradoxalement, une ouverture infinie au souffle de la liberté de Dieu dans un premier matin de Pâques, pour vivre chaque jour une aube nouvelle, un renouvellement de la vie en Dieu. 
Le Christ ressuscité est insaisissable : à la fois chez nous et au-devant de nous, il nous invite à inscrire la bonne nouvelle dans nos vies, et il nous ouvre l’avenir dans une belle liberté, il nous invite à sortir du mutisme et de la peur, il trace la route d’une mission sans frontière ni limite, la mission de l’amour. Car le rôle d’une église n’est ni celui de réussir sa contribution financière, ni d’entretenir des bâtiments, ni même tenir à jour un calendrier des cultes, ou de remplir les registres avec des baptêmes, mariages et enterrements. La mission de l’église, avec ou sans pasteur, c’est de tenir la mission de l’amour. 
La pierre a été roulée, quand bien même elle était très grande. Un homme, vêtu d’une robe blanche, un ange, un messager, un porteur de parole, apparaît aux femmes venues embaumer un mort pour annoncer la vie – voilà la bonne nouvelle : la vie – souffle la liberté car Dieu a mis devant nous une vie éternelle. Le Christ nous précède en Galilée, dit encore le messager. Une bonne nouvelle, une belle parole : le ressuscité est à la fois chez nous et au-devant de nous. Il nous invite à repartir dans nos vies, mais il nous ouvre à la liberté. 
Croyants, que nous soyons ou non marqués du sceau de la joie de Dieu qu’est le baptême, nous sommes ouvert à l’avenir dans une mission d’amour. C’est là le rôle de l’église. Nous sommes ouverts à l’avenir et porteur de la bonne nouvelle, nous avons le devoir de résister aux discours de peur qu’ils soient des discours religieux – comme celui des fanatismes tels que l’islamisme radical – ou qu’ils soient politiques – comme celui du front national et des extrémistes de tout bord – ou qu’ils soient économique – comme celui de l’ultra-libéralisme. Car ces discours sont les mêmes : des discours de peur, des discours de mort, des discours pour lesquels il n’y a plus d’avenir, pour lesquels la liberté est un danger, pour lesquels la vie n’a pas plus de valeur que le profit qu’ils peuvent en tirer, que le pouvoir qu’ils peuvent exercer. 

Souffle la liberté !

Croyants, que nous soyons ou non marqués du sceau de la joie de Dieu qu’est le baptême, nous sommes ouvert à l’avenir dans une mission d’amour. Nous avons le devoir de résister aux discours de peur et nous avons la responsabilité de faire entendre une autre voix que celle de la mort, de la catastrophe, de la fin de toute chose, du no futur, de la désespérance. Sortir du mutisme non pas pour dire notre tradition, non pas pour raconter le passé, non pas pour réécrire l’histoire même quand nous célébrons un cinquième centenaire – une fois de plus : il nous faut sortir du mutisme : pour que s’entende la voix de l’évangile, pour que souffle la liberté de Dieu !
Le pasteur James Woody conclut son livre en écrivant : 
« La liberté n’est pas une affaire théorique, ce n’est surtout pas une posture figée ; elle s’éprouve personnellement, intimement, dans le moindre aspect de notre quotidien. Libérons-nous de ce qui nous empêche d’être nous-mêmes et engageons-nous de tout notre être dans la vie portée à son incandescence. Il est temps, plus que temps, d’être libre. » (p. 210)
Célébrer Pâques oui c’est faire mémoire du passage vers la liberté – il est temps plus que temps d’être libre. Mais c’est surtout participer au souffle de la liberté de Dieu. C’est faire mémoire, mais c’est aussi réaliser que l’aube nouvelle se lève sur chacune de nos vies, le tombeau vide est ouvert aux petits matins de chacune de nos existences : là résonne l’appel à la liberté de Dieu, là s’entend la bonne nouvelle. 
Alors oui, roule la pierre : Quand nous sommes au désespoir, quand le monde est accablé de douleur, quand nous ne voyons plus d’issue et que l’espoir s’est envolé
Roule la pierre : Même si nous avons peur du changement, même si nous ne sommes pas prêts, même si nous préférerions nous enfuir et pleurer
Roule la pierre : Parce que ce matin nous avons accompagné les femmes au tombeau, parce que nous espérons contre toute espérance, parce que nous sommes appelés depuis cette tombe, et que là s’ouvre un chemin pour nos vies, un chemin victorieux de la mort, un chemin qui nous libère de tout ce qui nous empêche d’être nous-mêmes. 
Roule le pierre, souffle la liberté, et au Christ seul soit la gloire. Amen. 

mercredi 5 avril 2017

Prédication du dimanche 26 mars - Evangile selon Marc, chap. 14

53 Ils emmenèrent Jésus chez le Grand Prêtre. Ils s'assemblent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes. 54 Pierre, de loin, l'avait suivi jusqu'à l'intérieur du palais du Grand Prêtre. Il était assis avec les serviteurs et se chauffait près du feu. 55 Or les grands prêtres et tout le Sanhédrin cherchaient contre Jésus un témoignage pour le faire condamner à mort et ils n'en trouvaient pas. 56 Car beaucoup portaient de faux témoignages contre lui, mais les témoignages ne concordaient pas. 57 Quelques-uns se levaient pour donner un faux témoignage contre lui en disant: 58 "Nous l'avons entendu dire: Moi, je détruirai ce sanctuaire fait de main d'homme et, en trois jours, j'en bâtirai un autre, qui ne sera pas fait de main d'homme. 59 Mais, même de cette façon, ils n'étaient pas d'accord dans leur témoignage. 60 Le Grand Prêtre, se levant au milieu de l'assemblée, interrogea Jésus: "Tu ne réponds rien aux témoignages que ceux-ci portent contre toi?" 61 Mais lui gardait le silence; il ne répondit rien. De nouveau le Grand Prêtre l'interrogeait; il lui dit: "Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni?" 62 Jésus dit: "Je le suis, et vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant avec les nuées du ciel." 63 Le Grand Prêtre déchira ses habits et dit: "Qu'avons-nous encore besoin de témoins! 64 Vous avez entendu le blasphème. Qu'en pensez-vous?" Et tous le condamnèrent comme méritant la mort. 65 Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, à lui couvrir le visage, à lui donner des coups et à lui dire: "Fais le prophète!" Et les serviteurs le reçurent avec des gifles.
66 Tandis que Pierre était en bas, dans la cour, l'une des servantes du Grand Prêtre arrive. 67 Voyant Pierre qui se chauffait, elle le regarde et lui dit: "Toi aussi, tu étais avec le Nazaréen, avec Jésus!" 68 Mais il nia en disant: "Je ne sais pas et je ne comprends pas ce que tu veux dire." Et il s'en alla dehors dans le vestibule. 69 La servante le vit et se mit à redire à ceux qui étaient là: "Celui-là, il est des leurs!" 70 Mais de nouveau il niait. Peu après, ceux qui étaient là disaient une fois de plus à Pierre: "A coup sûr, tu es des leurs! et puis, tu es galiléen." 71 Mais lui se mit à jurer avec des imprécations: "Je ne connais pas l'homme dont vous me parlez!" 72 Aussitôt, pour la deuxième fois, un coq chanta. Et Pierre se rappela la parole que Jésus lui avait dite: "Avant que le coq chante deux fois, tu m'auras renié trois fois." Il sortit précipitamment; il pleurait.
J’imagine que vous avez tous déjà entendu un coq chanter ? oui – même en ville. Tout le monde connait le chant du Coq.... écoute du chant du coq en MP3
Ah quand même ce Pierre ! 
Quel traitre, quel renégat ! 
A quelques heures de la crucifixion, nous sommes dans la cour du palais du grand Prêtre. Dans un lieu de pouvoir où la passion se déchaine déjà depuis quelques heures. S’en est fait : Jésus a été arrêté à Gethsémané, il a été emmené par des gardes jusqu’au Sanhédrin. Il a été mis en accusation, puis violemment bafoué : quelques un lui ont craché au visage, d’autres lui ont donné des coups. 
Pour Jésus c’est la fin. Après cet épisode du reniement de Pierre, il sera emmené devant Pilate, condamné, couronné d’épine, et crucifié. C’est la fin. 
Dans cette tension tragique de la fin du ministère de Jésus, dans cette passion violente qui culminera à la croix, nous sommes donc avec Pierre dans la cour du palais du grand Prêtre. C’est la nuit, Pierre est encore là, présent, seul présent parmi les disciples, il se chauffe au feu qui brûle sur cette place. Arrive alors une servante  qui le regarde et l’accuse : « toi aussi, tu étais avec le Nazaréen » et Pierre nie : « je ne sais pas et je ne comprends pas ce que tu veux dire ». 
Pierre se dirige vers la sortie, il est dans le vestibule quand une deuxième fois la même servante  le voit, elle ne le regarde plus, elle le voit et elle dit « celui-là, il est des leurs », et Pierre nie une fois de plus. Puis une troisième fois, un groupe d’inconnus, qui eux ne le regardent ni le voient, mais l’accusent directement : « à coup sur tu es des leurs, et puis tu es Galiléen » - et Pierre répond « je ne connais pas l’homme dont vous parlez ». 
Alors résonne pour la deuxième fois le chant du coq, et là Pierre sort précipitamment et il pleure en se souvenant de la parole de Jésus : « avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois »
Pierre, le renégat, le traitre, le félon, celui qui n’a pas su être le témoin fidèle. 

Ah quand même ce Pierre !
Qu'est-ce que ça fait du bien de juger les autres ! Et puis ça nous laisse tranquille. Au moins, on est serein, nous nous sommes des gens biens, par rapport à ce traître. Oui, on sent bien le poids de la bonne conscience dans cette interprétation traditionnelle du texte biblique. 
Ça fait du bien de juger les autres, ça évite de s’examiner soi-même. Car imaginez un seul instant que ce texte nous parle de nous, qu’il nous parle de nos fidélités et de nos infidélité, de nos tentatives à être fidèles et de nos manques. Là il ne serait plus le récit d’un événement historique qui aurait eu lieu il y a deux mille ans, mais l’histoire de nos vies. Entendrons-nous le coq le chanter ? 

Car tout de même, juger Pierre est un peu facile, un peu trop facile. Il est le seul à être resté jusque-là. Au moment de l’arrestation de Jésus, dans le jardin de Gethsémané, l’évangéliste Marc nous que « tous l’abandonnèrent et prirent la fuite ». Tous ont fui, tous ont abandonné, mais Pierre est encore là. Le reniement de Pierre c’est aussi l’histoire de sa fidélité. 
Il a été fidèle, il a essayé d’être fidèle à son maître jusqu’au bout, jusqu’au bout de ses possibilités à lui. Et ce que nous dit le texte biblique alors quand nous l’entendons ainsi ce n’est pas que Pierre a trahit, pas que Pierre a renié, mais bien que Pierre a été au bout de ses possibilités de fidélité. Et il est le seul à être là dans la cour du grand Prêtre. Il est le seul à être fidèle jusque-là. Il n’y a plus personne d’autres. Mais du coup, ce que nous renvoie ce texte c’est bien que nos fidélités sont toujours limitées, que la seule fidélité totale est en Dieu. 
Je crois que ce n’est pas pour rien qu’il est dit dans le texte biblique que celle qui regarde Pierre, qui le voit soit une servante du grand Prêtre. La servante du grand prêtre reconnait le serviteur du Christ. Jusqu’auprès du feu dans la cour du palais, Pierre essaye de suivre Jésus, Pierre tente d’être disciple, il essaye encore là, alors que tout s’effondre d’être, encore, le serviteur du Christ. Juger Pierre c’est un peu facile vous en conviendrez. 
Entendre l’évangile, ce n’est pas, alors juger Pierre en le traitant de renégat, de traitre, de félon et j’en passe… non entendre l’évangile, c’est entendre le chant du coq pour nos vies. Entendre que si ça ne nous est pas donné, nous ne pouvons pas, par nous-même, être fidèle jusqu’au bout. Entendre qu’à compter sur nos propres forces nos fidélités sont toujours limitées et pleine de manque. 

Ce manque de fidélité, cette limite à nos fidélités, c’est je crois une des définitions du péché. Le péché étant ce qui fait vaciller dans notre fidélité. Il ne s’agit pas alors d’entrer dans la culpabilité et le jugement. Une fois encore, je ne crois pas que le passage de l’évangile ait été écrit pour condamner l’attitude de Pierre, pour le juger, et employer à son égard tous les qualificatifs de traitres, renégats, félons et j’en passe. Désigner le péché ce n’est pas se placer sous un jugement accusateur et culpabilisant. Désigner le péché c’est entrer dans la joie du salut de Dieu. 
Aussi paradoxal que cela puisse paraître se reconnaître pécheur devant Dieu, reconnaître nos fidélités comme limitées, et dire que nos vies sont toujours le tissages des fidélités et des infidélités, c’est entrer dans la joie de Dieu, car c’est laisser Dieu nous rejoindre, avec nous et malgré nous. 
Ainsi Bonhoeffer écrivait ces lignes que j’ai déjà cité en prédication : 
« Dieu est venu jusqu’à toi pécheur pour venir te sauver. Réjouis-toi ! En te disant la vérité ce message te libère. Devant Dieu tu ne peux pas te cacher. Le masque que tu portes devant les hommes ne sert à rien devant lui. Dieu veut te voir tel que tu es pour te faire grâce. Tu n’as plus besoin de te mentir à toi- même ou de mentir aux autres en te faisant passer pour sans péché ; non, ici, face à Dieu, il t’est permis d’être un pécheur, remercie Dieu »
Il t’est permis d’être un pécheur. 
Entendre le chant du coq pour nos vies, c’est réaliser que le jugement que nous portons rapidement sur les autres doit bien souvent s’appliquer sur nos vies d’abord. Il t’es permis d’être un pécheur, ce n’est pas dire que licence est donnée à tous les vices, et qu’il faut faire n’importe quoi – non ! il ne s’agit pas d’entrer dans une course à l’infidélité et à l’immoralité – bien sur que non. 
Mais il s’agit d’entendre que quelques soient nos vies, nos fidélités et nos infidélités, Dieu nous rejoint pour lever les mensonges que nous posons sur nos vies, pour nous donner à vivre en vérité. 
Pierre est disciple du Christ quand il est au coin du feu dans le palais du grand Prêtre, il est disciple du Christ quand il se dirige vers la sortie car il sent la tension monter, Pierre est encore disciple du Christ quand il pleure dans la nuit dehors. Etre disciple, ce n’est pas être dans la louange perpétuelle, dans l’adoration 24 h/ 24, mais c’est aussi reconnaître que l’amour que Dieu nous porte ne s’arrête pas aux limites de notre amour. 
Entendre le chant du coq, c’est alors entendre la vérité de nos vies. Une vérité que bien souvent nous n’entendons pas dans le discours du monde, dans la sphère médiatique. 

Certains d’entre vous, peut être tous, ont entendu cette semaine les médias se faire l’écho des affaires de pédophilie qui secouent l’église catholique de France. Suite à l’émission de mardi suivie par Deux millions de téléspectateurs beaucoup de journaux de l’express à la croix, en passant par le figaro et le monde : le monde médiatique est entré en mouvement dans cette affaire. 
Quelques soient les fautes commises, les responsabilités des uns et des autres - être disciple, comme Pierre, à la suite de Christ - ce n’est pas interférer avec la justice en  y allant de son jugement personnel, de sa condamnation individuelle. L’institution judiciaire doit faire son travail et doivent être condamnés ceux qui ont pris part à ces violences et ces crimes ou ceux qui les ont couverts. 
Dans ce temps de carême, l’église catholique traverse cette crise honteuse – et tout ce qui touche un de nos frères ou une de nos sœurs en Christ- nous touche. Rien de ce qui est chrétien ne sort indemne de cette honte, et de ce trouble. Il faut maintenant accompagner les victimes : toutes celles, tous ceux qui sont marqués par la souffrance du mal subie. 
Etre croyant, être disciple, comme Pierre, à la suite de Christ, c’est être présent, fidèle, jusqu’au bout de nos possibilités, jusqu’à nos limites. Etre présent pour accompagner la souffrance tant de ceux qui accusent et qui ont subi le mal que la souffrance aujourd’hui de cette église sœur, et de tous ses membres qui sans avoir pris part au scandale tiennent aussi, tiennent encore, une fidélité au Christ. 
Entendre le coq chanter, oui, c’est sortir de la logique du jugement, quel que soit le mal subit quel que soit le mal commis : encore une fois la justice doit passer et il faut que ceux qui doivent être condamnés le soient - mais en tant que croyant nous avons à sortir de cette logique de jugement pour entrer dans un accompagnement par une parole de vérité. 

C'est libérateur d'entendre la vérité sur nos vies, car c'est à partir de cette vérité que la foi peut se recevoir, non pas comme une œuvre bonne dont nous serions capable, mais comme un don de Dieu. 
Entendre la vérité de nos vies : la lucidité qui conduit à la repentance est une démarche de vérité et de liberté. Entendre que nous sommes tous pécheurs, c'est entendre que nous sommes tous pardonnés en Dieu, et que ce pardon nous ouvre à autre chose que ce que nous sommes. Entendre que nous sommes tous pécheurs, c'est sortir du mensonge, s'échapper de la domination du satan, entrer dans la vérité de Dieu plutôt que de rester dans le mensonge des faux-semblants, de la force, du pouvoir, de la violence et de la possession. 
Invitation non pas à juger Pierre dans son reniement mais à être avec lui quand il pleure pour être avec lui, aussi quand la joie de Pâques sera là. 

A la campagne c’est tous les jours que l’on entend le chant du coq, en ville c’est plus rare. Le monde rural à cet avantage. Croyant c’est au quotidien que nous devons reconnaître que quelques soient les limites de notre fidélité, Dieu lui est fidèle, quelques soient les manques d’amour, Dieu lui nous porte dans son amour. Reconnaissance pour nos vies qui invite à sortir du jugement et des peurs, pour vivre en vérité la vie belle que Dieu veut pour nous. 
Le chant du coq pour Pierre, n’est pas un "chant du Cygne" – c’est un commencement, c’est une aube nouvelle. A partir de ses larmes, il passera par Pâques, à la joie de la résurrection, pour entrer à Pentecôte dans le témoignage au Christ Seigneur. 
Au Christ seul soit la gloire. Amen. 

Prédication du dimanche 2 avril - Marc 15, v. 21 à 32

Marc 15, 20 à 32

20 Après s'être moqués de lui, ils lui enlevèrent la pourpre et lui remirent ses vêtements. Puis ils le font sortir pour le crucifier. 21 Ils réquisitionnent pour porter sa croix un passant, qui venait de la campagne, Simon de Cyrène, le père d'Alexandre et de Rufus. 22 Et ils le mènent au lieu-dit Golgotha, ce qui signifie lieu du Crâne. 23 Ils voulurent lui donner du vin mêlé de myrrhe, mais il n'en prit pas. 24 Ils le crucifient, et ils partagent ses vêtements, en les tirant au sort pour savoir ce que chacun prendrait. 25 Il était neuf heures quand ils le crucifièrent. 26 L'inscription portant le motif de sa condamnation était ainsi libellée: "Le roi des Juifs". 27 Avec lui, ils crucifient deux bandits, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche. 29 Les passants l'insultaient hochant la tête et disant: "Hé! Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, 30 sauve-toi toi-même en descendant de la croix." 31 De même, les grands prêtres, avec les scribes, se moquaient entre eux: "Il en a sauvé d'autres, il ne peut pas se sauver lui-même! 32 Le Messie, le roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, pour que nous voyions et que nous croyions!" Ceux qui étaient crucifiés avec lui l'injuriaient.

Nous voilà donc au terme de la proclamation de la bonne nouvelle. S’en est fait. Jésus a été arrêté, c’est la neuvième heure – l’heure de la crucifixion. Lire ce passage de l’évangile aujourd’hui peut surprendre. Mais le temps du carême est un temps où nous nous tournons vers le vendredi saint et le matin de Pâques, un temps durant lequel l’église fait mémoire du don au-delà de tout don fait par Dieu en Jésus-Christ. Du coup il n’est pas totalement aberrant d’entendre ce récit de la crucifixion même si nous sommes la semaine précédant les Rameaux.
Ce récit de la crucifixion : Tout le monde connaît la scène. Que l’on soit chrétien ou non, que l’on fréquente les Ecritures ou pas : le sujet est connu. Marc rapporte la scène en quelques mots – nous pourrions relire l’évangile selon Matthieu ou selon Jean pour voir comment d’autres évangélistes déploient l’événement de manière plus ample. Au mois de février nous avions même vu en étude biblique que la scène est rapportée par les évangiles apocryphes de manière beaucoup plus développée également. L’évangéliste Marc a choisi un récit court – un petit texte. 
Et dans ce petit texte, l’évangéliste Marc trace un contraste fondamental, il dit quelque chose d’important avec quelques mots. Oui à bien l’entendre, je crois que  nous ne pouvons que être très surpris du contraste que donne ce petit texte. Un contraste fort entre une foule de détail, et une sobriété extrême.
Une foule de détail sur ceux qui sont là d’abord : en passant, durant cette heure tragique on fait connaissance avec Simon de Cyrène, le père d'Alexandre et de Rufus, avec deux bandits, avec des passants. Et il y a ceux qu’on connait : les grands prêtres et les scribes. On peut dire qu’il y a du monde autour de la croix – du monde et chacun est présenté assez précisément : chacun pour ce qu’il est pour ce qu’il fait.
Détail sur le lieu : nous sommes sur le Golgotha et Marc en souligne l'étymologie : le lieux du Crâne...
Une foule de détail sur l’attitude de ces gens qui sont là : certains injurient le Christ, ceux-là se moquent de Jésus, et d’autres encore l’insultent. Trois verbes différents pour dire globalement la même chose – l’humiliation s’ajoute à la déchéance – Par la multiplication et la diversité du vocabulaire l’humiliation est soulignée, très marquée. Non seulement Jésus est condamné à mort, mais il est condamné par tout le monde.  A travers cette multiplication du vocabulaire s’entend déjà le ps. 22 que le Christ entonnera peu après – vous savez ce psaume 22 qui commence par Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné… Il comporte ces versets : Moi, je ne suis plus un homme, mais un ver. Outragé par les humains,  méprisé par les peuples.  Tous ceux qui me regardent se moquent de moi,
Des détails, ce petit texte en donne aussi sur Jésus – jamais dans l’évangile nous n’avions eu une telle concentration de titres et d’explications sur qui est Jésus : il est le roi des juifs, le Christ, le roi d’Israël, il est celui qui a sauvé des hommes, il est capable de reconstruire le sanctuaire. Oui nous avons là une foule de détail sur qui est le Christ pour l’évangéliste.
Ce petit texte de la crucifixion est donc extrêmement précis, contenant nombre de détails et de particularité. Mais ce texte, en contraste, est aussi très sobre. Une  sobriété extrême surprenante, de fait : l’évangéliste Marc n’utilise qu’un seul mot, un seul verbe pour dire ce qui arrive à Jésus – il est crucifié. Là aussi il aurait pu varier les expressions, tant il se répète - mais 5 fois l’évangéliste choisi le même mot : crucifier.
La liste est longue des expressions qu’il aurait pu utiliser, vraiment, l’évangéliste aurait eu les moyens de dire les choses autrement : attaché à la croix, pendu au bois, cloué sur la croix. Ce sont des expressions connues qui disent la même chose – mais non : pour dire ce qui arrive à Jésus il n’y a qu’un seul mot : crucifier – et le même verbe est répété 5 fois.
Ce que ce contraste donne à entendre, je crois, c’est l’impossibilité de dire ce qui se joue là, à la troisième heure, au moment de la crucifixion. Le décor est donné avec foule de détail, mais l’action est décrite dans une sobriété, dans une retenue extrême. La crucifixion du Christ est un vrai dépouillement, y compris dans sa description. Si l’agitation autour de la croix peut être détaillée, si l’attitude du monde autour du Christ peut être nommée avec tous ces détails, l’essentiel de l’événement échappe au langage – l’évangéliste n’a qu’un seul mot pour le dire, qu’un seul verbe et du coup il le répète.
Crucifier : l’essentiel est dit par ce verbe répété.
Crucifier : par cette répétition se dit ce qui arrive. Le serviteur de Dieu, serviteur souffrant est mis en croix. Le prophète Esaïe l’annonçait ce serviteur souffrant : « Son aspect, défiguré, n’était plus celui d’un homme  Son apparence n’était plus celle des êtres humains » annonçait Esaïe (52, 14). Dans cette déchéance, l’image de Dieu se vide d’elle-même, dans l’abaissement ; « Il s’est abaissé lui-même, en devenant obéissant jusqu’à la mort » écrira Paul (Phil. 2, 7)
Crucifier : là ce dit l’humanité défigurée et du coup se dit un Dieu défigurée – moqué, insulté. Dans l’abaissement au néant, se dit l’amour jusqu’à la fin, la fin de l’humanité. Dans cet outrage et cette humiliation se dit l’alliance de Dieu avec l’homme jusqu’au bout de l’humanité de Christ, jusqu’à la fin de notre humanité pour ouvrir un au-delà.
Crucifier : à partir de cette crucifixion, de ce crucifiement, disait-on avant, à partir de cette seule action le lien de Dieu avec l’humain est tel que dans toute femme, dans tout homme humilié, abaissé, torturé mis à mort nous avons la plus juste représentation du Dieu vivant. Ce n’est pas évident à entendre : Dieu se donne à voir, là au milieu des insultes, des quolibets, des moqueries. La croix est la seule représentation de Dieu que nous avons sur terre. Car oui, celui qui est sur la croix prétend être Dieu sur terre, et cette prétention sera confirmée dans quelques versets puisque le voile du sanctuaire sera déchiré du haut en bas et le centurion le reconnaître fils de Dieu.
En étude biblique ce jeudi nous débattions de l’importance de la célébration du vendredi saint et de Pâques. Les réformateurs ont tous affirmé la première importance du vendredi saint. La première célébration chrétienne, avant Noël, avant Pâques, c’est le vendredi saint – car il n’y a que là que nous contemplons, en vérité, le visage de Dieu. Ainsi, être chrétien c’est fondamentalement reconnaître cet homme mis à mort comme Dieu, reconnaître le Christ comme la plus juste image de Dieu sur terre – celui qui est maltraité, humilié, crucifié, mis  à mort.
Le moine Martin Luther écrivait ainsi que « la théologie de la croix est la seule vraie théologie ». la théologie de la croix est la seule vraie théologie : comprenez qu’à la crucifixion se donne à entendre le seul vrai discours sur Dieu – un discours qui tient en un seul mot que l’évangéliste répète comme il peut : crucifier.
Durant ce temps du carême, oui nous nous tournons vers le vendredi saint et le matin de Pâques ; ce temps nous permet de faire mémoire du don au-delà de tout don fait par Dieu en Jésus-Christ, sur la croix. Quand les cantiques anciens nous chantent que le Christ est mort pour nous, souvenons-nous qu’il est d’abord mort pour nous montrer qui est Dieu et qui nous sommes.
Notre humanité est toujours plus prompte à suivre les mouvements de foule, les impulsions du moment, aveuglée par les puissances de ce monde, voulant sauver les apparences… au point de ne pas savoir entendre, ne pas savoir reconnaître, là où se dit l’amour.

Au Christ seul soit la gloire. Amen. 

mardi 24 janvier 2017

L'amour du Christ nous presse... quelques réfexions sur le thème de la semaine de prière pour l'unité

Texte Biblique : 2 Corinthiens 5, 14 à 20
L'amour du Christ nous étreint, à cette pensée qu'un seul est mort pour tous et donc que tous sont morts. Et il est mort pour tous afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux.  Aussi, désormais, ne connaissons-nous plus personne à la manière humaine. Si nous avons connu le Christ à la manière humaine, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Aussi, si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu'une réalité nouvelle est là. Tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation.  Car de toute façon, c'était Dieu qui en Christ réconciliait le monde avec lui-même, ne mettant pas leurs fautes au compte des hommes, et mettant en nous la parole de réconciliation. C'est au nom du Christ que nous sommes en ambassade, et par nous, c'est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu.

Il y a dans les épîtres de Paul des passages sinon surréalistes, du moins très difficiles à comprendre. Et le passage que nous avons entendu durant la semaine de l'unité est, je crois, de ceux-là. C’est un texte laborieux, rude même, pas évident à entendre. Mais la difficulté de ce texte n’empêche pas qu’il a encore aujourd’hui quelque chose à nous dire, et qu’il faut le travailler et le reprendre pour en extraire la sève, car Paul dit ici quelque chose de ce qu’est la foi.

Il y a dans les épîtres de Paul des passages surréalistes car Paul lui-même a vécu un passage surréaliste. Il faut se souvenir que l’homme qui écrit ces lignes n’est autre que celui qui se rendant à Damas à reçu une illumination. L’auteur de ces lignes a vu sa vie changée, transformée, du tout au tout. Paul est celui qui a vu le Christ sans bien savoir comment. Il a rencontré le ressuscité sur le chemin de Damas, il a reçu une parole qui a fait sens, et il est devenu le héraut de l’évangile que jusque là il combattait, il est devenu le porteur de la bonne nouvelle que jusque là il étouffait. Il est devenu le messager du Christ crucifié et ressuscité qu’il a rencontré de manière surréaliste sur le chemin de Damas.

Cette conversion de Paul, ce changement radical qui a transformé le persécuteur de l’église en apôtre des païens, cette conversion, je crois, est une clef qui permet de comprendre ce texte. C’est à partir de cet épisode de la vie de Paul que je voudrais entendre ce texte.

En effet, Paul commence par rappeler l’amour du Christ, un amour qui se donne par la croix, la mort et résurrection la vie. Un amour qui entraîne celui qui croit à la suite du Christ. C'est-à-dire que le croyant est lui-même passé de la mort à la vie. C’est ce que j’appelai le surréalisme de Paul : en disant « je crois », l’on passe de la mort à la vie ; l’instant de prononcer un mot et l’on ressuscite.

Dire je crois, cela revient à ressusciter, à entrer dans une réalité nouvelle. C’est ce que Paul affirme très nettement au v. 17 : « Si quelqu’un est en Christ », c'est-à-dire, si quelqu’un reçoit le Christ et croit, « il est une nouvelle créature ». Et Paul poursuit : « Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là ».

Et de cette réalité nouvelle nous sommes les envoyés, les ambassadeurs qui transmettent l'appel. On entend là une réalité de l'apostolat de Paul.

Nous pouvons alors bien comprendre que cette résurrection a été vécue par Paul. Sur le chemin de Damas, quand il a reconnu le Christ, sa vie a été transformée du tout au tout. Il a abandonné le monde Juif dans lequel il avait une place et du prestige, il était quelqu’un à Jérusalem. Il est entré dans le monde Chrétien et il est devenu celui que l’on envoi au loin, en mission, il est devenu apôtre ; en un mot il est devenu un homme dont la présence à Jérusalem embarrasse.

« Le monde ancien », la « réalité nouvelle », ce ne sont donc pas que des concepts théologiques, pour Paul. C’est avant tout une expérience vécue, une expérience de laquelle il tire ses concepts théologiques et de laquelle il extrait une manière de dire l’évangile. 

 « Désormais, ne connaissons nous plus personne à la manière humaine. Si nous avons connu le Christ à la manière humaine, maintenant nous le connaissons plus ainsi. Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une nouvelle réalité est là ».

Il y a dans cette manière de dire l’évangile quelque chose de mystique. Ce qui peut expliquer le surréalisme de Paul ici, c’est sa compréhension mystique de la relation à Dieu et de la relation à Christ.

« Mystique » cela désigne ce qui est caché ce qui n’est pas visible pour les gens du dehors, ce qui a trait au mystère. Et il en va bien ainsi chez Paul. La relation à Dieu et au Christ n’est pas visible extérieurement, à la limite ce qui est visible s’en sont les fruits. La relation à Dieu et au Christ est de l’ordre du mystère, de l’invisible, de ce qui ne se voit pas. 

Ainsi l’expérience sur le chemin de Damas a été pour Paul une expérience mystique. Lui seul a vu la lumière, lui seul a entendu la parole. Ses compagnons de marche n’ont rien vu ni rien entendu. Sa relation à Dieu s’est nouée là dans le secret et l’invisible, dans le mystère de la rencontre avec le ressuscité.

La nouvelle créature, la nouvelle réalité que Paul annonce sont une créature et une réalité mystiques, cachées, secrètes, atteignables uniquement par la foi. Ainsi elles marqueront les célébrations du baptême dans l’église primitive. Où l’instant du baptême symbolise la mort du vieil homme, la mort au péché, et le surgissement de l’homme nouveau, la nouvelle création, la vie nouvelle tournée vers Dieu. Ainsi – exemple entendu - le baptême par immersion symbolisera la mort par noyade au monde passé puis la sortie des eaux fera figure de résurrection. Ce lien avec le baptême s’explique car la nouvelle création, la réalité nouvelle est la marque, le trait qui vient qualifier celui ou celle qui « est en Christ ».

« Etre en Christ », nous touchons là au cœur du texte entendu durant cette semaine de l'unité. Paul multiplie cette expression : « être en Christ », « Christ en nous », « Christ en moi ». Il y a là une notion d’habitation du Christ dans les croyants et des croyants dans le Christ. Habitation réciproque. Celui qui croit reçoit le Christ en lui, et est reçu dans le Christ. Habitation mystique, secrète, intime de tout croyant en Christ et de Christ en tout croyant.  Il s’agit par elle, par cette habitation, de dire le lien entre le Christ ressuscité et celui qui croit.
« Si quelqu’un est en Christ il est une nouvelle créature.
Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là ». 

Texte difficile que cet extrait de la deuxième épître aux Corinthiens, mais texte ô combien fondamental car Paul dit ici quelque chose de ce qu’est la foi. Malgré le vocabulaire difficile à saisir, malgré les tournures de phrases, et surtout malgré cet élan mystique, Paul parle de manière fondamentale de la condition chrétienne, et  j’en retiens finalement deux éléments.

Le premier élément concerne la résurrection. Tout dans ce texte est question de résurrection. Non pas de la résurrection de Jésus comme événement historique qui aurait surgit il y a deux millénaires ans, mais de la résurrection du Christ comme événement programmatique de la résurrection des chrétiens. Si la conversion, la confession de foi a souvent été dite comme un « nouvelle naissance », c’est qu’il nous faut vivre la résurrection, « être en Christ ». Il en va par cette résurrection de reconnaître notre Dieu par ce que l’on peut appeler une inversion de la connaissance. Le Dieu qui se révèle à la croix ne prend pas seulement un visage impossible pour Dieu, celui de la mort d’un homme ; mais il vient inverser toutes nos catégories.

Ainsi le théologien Bonhoeffer écrivait que la connaissance de la nouvelle créature affirme que :
 « les grandes choses sont petites, et que les petites sont grandes, que ce qui est exact est faux, et que ce qui est faux est exact, que ce qui est désespéré est riche de promesses, et que ce qui est plein d’espoir est contesté. Elle affirme que la croix signifie victoire, et la mort vie » (Si je n'ai pas l'amour, p. 262)

Dès lors, et c’est le second élément, le discours de foi semblera sans doute toujours un discours surréaliste pour celui qui écoute depuis le dehors. Oui, dire « Christ est vivant » semblera toujours quelque chose d'anachronique pour celui ou celle qui veut comprendre avec l’attitude du sociologue ou de l’ethnologue. En un mot « Christ est vivant » cela ne se comprend pas, cela se vit.

Il faut vivre la foi selon laquelle les grandes choses sont petites, les choses désespérées sont pleines de promesse. Vivre la tension d’une vie souvent terne ou monotone et pourtant belle aux yeux de Dieu.

Le défi pour l’église restant d’annoncer une parole porteuse de sens et pourtant inaudible pour celui qui veut la comprendre tant qu'il ne l'aura pas reçu dans sa vie ; une parole à vivre bien plus qu’à entendre, une parole de vie qui devient bénédiction en s'incarnant : oui, « l’amour du Christ nous étreint ».  Le défi pour l'église est d'annoncer et d'entendre cette parole pour elle-même, prier pour l'unité nous rappelle que l'exigence de réconciliation est encore d'actualité. Nous avons à incarner ensemble l'unité du corps du Christ. 

Ma dernière réflexion autour de ce texte portera alors sur le dynamisme qu'il recelle. Car le défi est là de crois pour donner un mouvement à la vie chrétienne. "Tout vient de Dieu", ce que Dieu donne n'est pas un don posé pour être, mais un mouvement, une venue, quelque  chose qui nous entraine à sa suite, dans son dynamisme. Nous sommes en ambassade, en mouvement, en déplacement. 

Ainsi André Gounelle écrivait cette belle définition de la foi, toute en balancement : 
« La foi nous rassure et nous surprend ; elle nous implante et nous transporte, elle nous fait sortir de nous-mêmes pour retrouver la vérité profonde inscrite en nous ».

Pour dire ce dynamisme, cette image de l'apôtre envoyé, qui bouge, de la foi qui envoie et mobilise, l’apôtre Paul  utilisera l’image de l’ambassadeur : Être mis en mouvement dans la confiance pour témoigner d'une Parole qui nous envoie, l'amour du Christ nous étreint, et nous emporte dans le dynamisme de la réconciliation. Alors le défi de l'unité chrétienne, le défi d'incarner ensemble l'unique église de Christ, se vit en confiance, non pas une semaine par an, mais au quotidien de la foi.