Prédication du 2 août 2014 - Evangile selon Matthieu, chap. 14, v. 13 à 21

Lecture de l'évangile selon Matthieu, chap. 14, v. 13 à 21

A cette nouvelle, Jésus prit un bateau pour se retirer à l'écart, dans un lieu désert ; les foules l'apprirent, quittèrent les villes et le suivirent à pied. Quand il descendit du bateau, il vit une grande foule, et il en fut ému ; il guérit leurs malades.
Le soir venu, les disciples vinrent lui dire : Ce lieu est désert, et l'heure est déjà avancée ; renvoie les foules, pour qu'elles aillent s'acheter des vivres dans les villages. Mais Jésus leur dit : Elles n'ont pas besoin de s'en aller ; donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils lui disent : Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons. Et il dit : Apportez-les-moi ici. Il ordonna aux foules de s'installer sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux vers le ciel et prononça la bénédiction. Puis il rompit les pains et les donna aux disciples, et les disciples en donnèrent aux foules. Tous mangèrent et furent rassasiés, et on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. 
 
Prédication : 
Ce texte n'est pas le récit de la multiplication des pains. Je ne suis pas ici entrain de faire de l'absurde. Mais ce texte n'est pas le récit d'une multiplication des pains. 
 
Pour me faire bien comprendre, Je ne sais si vous connaissez le tableau de Maggrite qui représente une pipe et sur lequel il est écrit ceci n'est pas une pipe ? ce tableau intitulé la trahison des images à été peint dans le tournant des années 20 et 30 du siècle passe. Trahison des images : une pipe peinte sur un tableau n'est pas une vraie pipe. Ainsi, Le texte entendu n'est pas le récit de la multiplication des pains même si ça paraît être une multiplication des pains. En fait, L'entendre comme tel c'est même passer a coter de la logique du texte évangélique. Trahison de la parole de Jésus comme la pipe peinte était la trahison d'une image par rapport au réel. 
 
Aussi je vous propose de nous arrêter un instant au texte biblique avant d'en entendre le sens pour aujourd'hui. Car si il est bien question de pain, ici Jésus ne multiplie rien. Jésus ne multiplie pas - ce verbe n'est pas employé. Oui Jésus monte dans une barque, il se retire à l'écart. Oui il guérit des malades. Puis vient le moment fatidique du partage : Jésus prend le pain et les poissons, il prononce une bénédiction, il rompt le pain, et finalement il le donne aux disciples pour qu'ils le donnent aux foules à leur tout. Jésus ne multiplie rien - il donne, il initie un don et il invite ceux qui reçoivent ce don a imiter ce geste, à donner à leur tour... 
 
Ne croyez pas que je joue sur les mots - car ces deux verbes - multiplier et donner - sont totalement différents. Ainsi aujourd'hui le verbe multiplier est très tendance, c'est un verbe que l'on entend partout. Il suffit d'écouter les nouvelles pour s'en rendre compte : hier les bouchons se sont multipliés sur les routes, certaines entreprise ont multiplié leur bénéfice, des responsables politiques ont multiplié leurs efforts dans tel domaine. Multiplier c'est un verbe très tendance. Il faut dire que multiplier, c'est un verbe très rigoureux. Deux multiplié par deux font toujours 4. 5multiplies par 5 font toujours 25. C'est clair, c'est net, c'est propre. Scientifiquement, on sait a quoi s'attendre. Aussi L'image qui parle le mieux de la multiplication, c'est une droite qui monte. Ce sont des graphiques sur lesquels plus ça va bien plus la courbe monte raide - c'est signe que tout se multiplie bien ; a titre d'exemple, on peut penser a la sacro saint croissance économique qui fixe toute les orientations budgétaires d'un pays. Cette croissance n'est en fait qu'un indice de multiplication de la richesse du pays. 
 
Multiplier c'est donc un verbe très à la mode, un verbe rigoureux, un verbe avec lequel nous savons a quoi nous en tenir - par contre donner, c'est un verbe beaucoup plus rare ; c'est une logique beaucoup plus rare, imprévisible, spontanée, ce n'est pas quelque chose de l'ordre d'un calcul rigoureux. Oui le geste de Jésus est de l'ordre d'un don - quelque chose de cette logique qui n'est pas une multiplication, mais bien au contraire une division. Donner, c'est prendre ce que l'on a, le partager, le diviser, le rompre, et en passer une partie, une portion a l'autre. Se séparer d'une partie de son bien. Pour donner, il faut diviser ce que l'on a : dans le texte biblique la foule ne recevra que ce qu'elle a apporté : 5 pains et 2 poissons ; et cela suffit à rassasier tout le monde. et même le partage, la division et le don créent du reste, du surplus: 12 paniers pleins de morceaux. Ça n'a rien de mathématique, rien de scientifique 5 pains multipliés par 2 poissons n'ont jamais fait 12 paniers de reste... Vous comprenez donc que ce texte n'est pas le récit d'une multiplication,continuer à l'appeler ainsi serait une trahison de l'évangile ; un peu comme la pipe de Maggrite est une trahison de l'image. 
 
Dans ce passage de l'évangile il s'agit bien de l'histoire d'un don, d'une division - un partage dans lequel les disciples ne donnent à la foule que ce que Jésus leur donne, et que ce qui lui a été donné. L'image du don ce n'est pas une courbe qui monte, mais c'est un cercle - un cercle dans lequel chacun ne peut donner que ce qu'il a reçu. Autant la multiplication est une droite qui monte, qui monte, qui monte ; autant le don est un cercle qui tourne, qui tourne, qui tourne. Un cercle qui fait image du royaume, car dans ce partage évangélique c'est bien de cela qu'il s'agit. Un royaume dans lequel chacun est rassasié sur l'herbe verte des pâturages du bon berger. Ceci n'est pas une multiplication des pains, mais bien un don, un partage, qui montre le royaume. 
 
Une logique totalement différente qui peut nous ouvrir à une compréhension de l'église et de la communauté qui s'enracine dans le vivre ensemble de Jésus et de ses disciples dans l'évangile. Si la multiplication à une image de graphique avec une courbe qui monte, Le don, lui, a une image circulaire - ce cercle peut évoquer pour nous, en église, le cercle que nous formons lors de la cène lors de cet autre partage du pain et du vin qui lui aussi désigne le royaume que nous avons la charge de proclamer. le cercle du don, c'est le cercle de la communion : être ensemble en relation avec les uns et les autres ou ce que nous pouvons donner n'est que ce que nous recevons de l'autre. Le cercle qui tourne, qui tourne, qui tourne est à l'image de notre communion et de notre vie d'église. 
 
Ne croyez pas, encore, que je fasse de la géométrie pour le plaisir. Mais en fait, Je crois que la vitalité d'une église ne se mesure à sa croissance, aux multiplications du nombre de ses membres, ou de ses activités. La vitalité de l'église n'est pas une affaire de multiplication, mais bien de don, et donc de circularité - savoir faire cercle ensemble , tenir la communion les uns avec les autres dans un projet qui donne la vie pour se maintenir dans la communion avec Dieu qui nous est donnée par le Christ, quelque soit le peu que nous ayons. Car Jésus part de peu, de très peu, de trop peu auraient même dit certains de ses disciples. Vous y pensez, nourrir une foule avec 5 pains et 2 poissons ? Jésus n'a que quelques pains et une paire de poissons. C'est dérisoire au regard de la foule qui est venue le rejoindre dans ce lieu désert dans lequel il s'était retiré. Pourtant il rend grâce à Dieu, puis il rompt le pain, il le divise, et il le donne. Que s'est il vraiment passé ? Personne ne nous l'explique dans l'évangile et du coup personne ne peut prétendre le dire... Ce n'est en tout cas pas une opération mathématique rigoureuse et scientifique de l'ordre d'une multiplication. Mais, ce que nous dit le texte biblique c'est que la logique du don à fonctionné et qu'elle peut fonctionner en église. 
 
Dans ce sens, Le pasteur Antoine Nouis dans son commentaire de l'évangile selon Marc écrivait que « dans le domaine de l'évangélisation, de l'entraide, de la solidarité, comme dans le partage du pain et du vin, ce que nous faisons dérisoire. Mais ce récit nous apprend que le dérisoire, quand il est partagé avec action de Grâce peut nourrir beaucoup plus qu'on ne l'imagine ». Appel à la reconnaissance que tout nous vient de Dieu et appel au partage, au don, à la communion. Entendre cet appel est je le crois la clé qui permet à l'église d'ouvrir les portes du royaume. Se remettre, par la prière entre les mains du Père et entrer joyeusement et avec espérance dans le service de nos frères et nos sœurs avec le peu que nous avons. Que cela nous soit donne dans l'église et dans nos vies.Au Christ seul soit la gloire. Amen

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