dimanche 25 septembre 2016

Prédication du dimanche 25 septembre - Evangile selon Marc, chap. 5, v. 21 à 43

 Quand Jésus eut regagné en barque l’autre rive, une grande foule s’assembla près de lui. Il était au bord de la mer. Arrive l’un des chefs de la synagogue, nommé Jaïros : voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie avec insistance en disant : « Ma petite fille est près de mourir ; viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus s’en alla avec lui ; une foule nombreuse le suivait et l’écrasait.
Une femme, qui souffrait d’hémorragies depuis douze ans – elle avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins et avait dépensé tout ce qu’elle possédait sans aucune amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré –, cette femme, donc, avait appris ce qu’on disait de Jésus. Elle vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait : « Si j’arrive à toucher au moins ses vêtements, je serai sauvée. » A l’instant, sa perte de sang s’arrêta et elle ressentit en son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus s’aperçut qu’une force était sortie de lui. Il se retourna au milieu de la foule et il disait : « Qui a touché mes vêtements ? » 3es disciples lui disaient : « Tu vois la foule qui te presse et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Mais il lui dit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal. »
Il parlait encore quand arrivent, de chez le chef de la synagogue, des gens qui disent : « Ta fille est morte ; pourquoi ennuyer encore le Maître ? » Mais, sans tenir compte de ces paroles, Jésus dit au chef de la synagogue : « Sois sans crainte, crois seulement. » Et il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de la synagogue. Jésus voit de l’agitation, des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte, elle dort. » Et ils se moquaient de lui. Mais il met tout le monde dehors et prend avec lui le père et la mère de l’enfant et ceux qui l’avaient accompagné. Il entre là où se trouvait l’enfant, il prend la main de l’enfant et lui dit : « Talitha qoum », ce qui veut dire : « Jeune fille, je te le dis, réveille-toi ! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher, – car elle avait douze ans. Sur le coup, ils furent tout bouleversés. Et Jésus leur fit de vives recommandations pour que personne ne le sache, et il leur dit de donner à manger à la jeune fille.

Deux récits entremêlés : Un chef de la synagogue, une femme
Un homme qui vient voir Jésus pour sa fille, une femme qui approche Jésus dans l'anonymat de la foule qui le presse.
Jaïros, chef de la synagogue a une fille de 12 ans – presque une femme dans l'Israël antique ; la femme est malade de perte de sang depuis 12 ans, elle est impure, elle n'est personne.
Lui sait formuler sa demande, il s'adresse à Jésus, et il lui demande le salut de sa fille car il veut qu'elle vive. La femme, elle ne dit rien, elle sait juste qu'en touchant le vêtement de Jésus elle sera sauvé.
Elle est guérie au milieu d'une foule intense qui fait que Jésus doit lui demander de sortir du lot pour être reconnue ; la jeune fille elle sera relevée dans l'intimité de sa chambre en présence uniquement de son père et sa mère, après que Jésus ait chassé les parents et les amis de la maison, il n'a même pris que ces trois plus proches disciples : Pierre, Jacques et Jean.
Nous voici donc ce matin à entendre deux récits de miracles. Deux miracle différents et que pourtant Marc a composé ensemble – d'une manière in-détachable. Il y a d'abord Jaïros ce chef de la synagogue qui vient voir Jésus pour lui demander le salut de sa fille. Jésus se met alors en route mais et sur ce chemin pour aller voir la fille de Jaïros qu'a lieu le premier miracle : une femme souffrant de pertes intimes est guérie.

Cette femme est alors guérie par le fait de toucher le manteau de Jésus – elle doit alors sortir de l'anonymat de la foule, mais on ne connaîtra pas son nom. Jésus veut la voir face à face pour lui dire une parole de foi « Ma fille, ta foi t'as sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal ».

Durant le temps de ce premier miracle, et c'est pour ça qu'ils sont indétachables, la fille du chef de la synagogue meurt, du moins la mort de la fille du chef de la synagogue est annoncé. Jésus ne va donc pas guérir l'enfant mais la ressusciter. Tout les mots qui disent en grec la résurrection : Jésus dit à la jeune fille « réveille-toi » première manière de dire la résurrection : le réveil d'entre les morts et Marc insiste en nous disant que la fillette se leva et se mit à marcher – il aurait pu dire simplement qu'elle se mit à marcher – le fait de se lever aurait alors été implicite : mais il utilise là le deuxième verbe grec qui dit la résurrection : se lever, se lever du tombeau.

Ces deux récits sont différents et pourtant ils ont plusieurs points communs. D'abord il est question de femme et de féminité - la femme est malade d'un trouble intime, féminin – et ce depuis 12 ans ; la jeune fille a 12 ans c'est à dire l'âge nubile, l'âge de devenir femme au premier siècle. Ces 12 ans rattachés a deux questions féminines ; ça ne peut être une coïncidence.

L'autre coïncidence – dans les deux cas Jésus parle des miracles comme étant des questions de foi. Pour la femme : c'est parce qu'elle a cru qu'elle est guérie. « Ta foi t'as sauvé » dit Jésus à la femme. Et le chef de la synagogue, à l'annonce de la mort de sa fille est également invité à croire : « sois sans crainte, crois seulement ».

Ces deux récits imbriqués l'un dans l'autre – inséparables l'un de l'autre viennent conclure une série de miracles tous plus extraordinaire les uns que les autres. Il y a eu du spectaculaire – quand on pense au démon légion envoyés dans les porcs qui se jettent dans la mer faisant du démoniaque un prédicateur de la bonne nouvelle. Il y a eu de l'étonnant quand Jésus a calmé la tempête – nous l'entendions à nouveau hier à Puisserguier – invitant ses disciples à passer de la peur à la foi.

Ces miracles ne sont là ni pour épater la galerie ni pour raconter une histoire sainte dans laquelle Jésus serait le super-héro.Non, chacune de ces histoire, ce sont chacun des révélations christologiques en action. Chacun de ces miracles sont des signes qui essayent de dire qui est Jésus. A travers ces miracles qui sont des rencontres, des échanges personnels, l'évangile trace le portrait du Christ Jésus. Ces textes viennent aider à répondre à la question de savoir qui est le Christ ?

Un récit ancien raconte qu'un jour un homme est allé voir abba Nisteros le grand, un père du désert des IV ou Vème siècle, pour lui poser la question : que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? Abba nisteros le grand a répondu à cette question en disant : l'Ecriture raconte qu'Abraham pratiquait l'hospitalité et que Dieu était avec lui ; qu'Elie aimait prier seul et que Dieu était avec lui ; que David était humble et que Dieu était avec lui. Par conséquent, dit Abba Nisteros, par conséquent tout ce que votre âme désire accomplir selon la volonté de Dieu, faites-le !

Tout ce que votre âme désire accomplir selon la volonté de Dieu, faites-le ! Cette parole mémorable – on parle pour les père du désert d'une apophtegme – une parole dont on se souvient ça peut aider dans les mots croisés – cette apophtegme nous dit qu'il n'y a pas de solution toute faite. Tout ce que votre âme désire accomplir selon la volonté de Dieu, faites-le ! Ça veut dire qu'il n'y a pas de chemin tracés d'avance, nous ne sommes pas enfermé dans un destin implacable. Abraham, Élie, David chacun a eu un chemin de foi propre à sa vie.

Or, ce que nous racontent ces miracles, ces deux miracles d'aujourd'hui comme ceux qui précèdent c'est que la foi, la rencontre avec Jésus, transforme la vie, transforme le deuil, chaque fois de manière singulière, chaque fois de manière personnelle.

La femme impure et rejetée du monde du fait de ses pertes de sang est rétablie au cœur de la foule – elle peut sortir de la foule et s'identifier sans crainte – sa foi l'a sauvé. La jeune fille est relevée de la mort, son père peut sortir de la terreur du deuil pour entrer dans la confiance : ne craint pas croit seulement. Chacun de ces miracles sont en fait un chemin de vie que Jésus trace pour sortir d'une situation de peur, d'exclusion, pour donner la vie.

On peut alors se souvenir de la parole que Jésus avait dite au commencement de son ministère : « ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades, je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs ». Cette parole qui explique la polémique de l'évangéliste Marc vis à vis des nombreux médecins auprès desquels la femme avait perdu tout son argent.

Alors oui, comprendre cela, c'est réaliser que nous sommes appelés à nous identifier non pas à des disciples qui seraient capable de faire la même chose que Jésus, a des médecins ou thaumaturges capables de soigner, mais réaliser que nous sommes, nous auditeurs de l'évangile, dans le même état que la femme qui souffrait de perte de sang, dans le même état que le père craignant pour la vie de sa fille, ou encore que les disciples affolés par une tempête, ou encore qu'un homme possédé.

Nous sommes des femmes, des hommes ; chacun individuellement et personnellement sous le regard de Dieu. Et nous sommes personnellement invités à entendre une parole qui vient du dehors – une parole extérieure à nos vie - une parole du Christ qui seule permet de passer de la peur à la confiance, qui seule permet de passer de la mort à la vie. Une parole extérieure à nos vies : la théologie protestante classique parlait d'extra nos – d'en dehors de nous. Il faut qu'une parole extérieur à tout ce que nous connaissons et ce que nous sommes vienne faire rupture – rupture pour nous appeler à l'existence. Alors s'entend que chacun à son histoire et dans chacune de nos histoires Dieu vient faire germer du nouveau, par une parole qui nous appelle chacune, chacun à un regard lucide sur nos vies, sur nos manques comme sur nos trop pleins, sur nos qualités comme sur nos défauts et admettre que ces vies là, telles qu'elles sont et sans condition sont aimées de Dieu.

Je citais tout à l'heure Abba Nisteros le Grand, un autre père de l'église, beaucoup plus connu, celui-ci – Grégoire de Nysse - écrivait cet amour de Dieu pour l'homme avec des mots marquants ou du moins un peu glauque, ce qui fait qu'on les retient. Grégoire de Nysse écrivait : « il fallait rappeler de la mort à la vie notre nature entière. Dieu s'est donc penché sur notre cadavre afin de tendre la main, pour ainsi dire, à l'être qui gisait là. Il s'est approché de la mort jusqu'à prendre contact avec notre état de cadavre et à fournit à notre nature, au moyen de son propre corps, le principe de la résurrection, en ressuscitant l'homme entier par sa puissance »

Etre un cadavre devant Dieu – ce n'est pas très joyeux ! Et pourtant ça peut donner le sourire et déculpabiliser. Avec cette expression : être un cadavre devant Dieu nous réalisons que tels que nous sommes à nous suffire à nous-mêmes, sans lien avec Dieu, nous sommes déjà morts. Quand nous nous pensons seuls, nous sommes déjà morts. Quand la peur guide nos choix, nous sommes déjà morts. Quand nous manquons d'espérance, nous sommes déjà morts. Et pourtant, comme cadavre, avec notre suffisance, nos solitudes, nos peurs et nos manques d'espérance, la bonne nouvelle vient nous dire l'amour de Dieu, un amour qui nous appelle à la vie, un amour qui appelle de manière singulière et personnelle chacune de nos existences. Pour nous aussi la parole résonne, alors oui ça donne à sourire.

Entendre que les récits de miracle dans les évangiles ne sont pas là pour nous raconter des belles histoires fantastiques ou rocambolesques, mais entendre qu'à travers ces histoires le Christ se révèle comme parole de vie pour chacun de ses contemporains, hommes ou femmes, riches ou pauvre, jeune ou vieux – et que cette révélation vaut pour nous encore. Nous pouvons encore nous placer sous sa bénédiction ; entendre son amour et son appel à la vie.

Au Christ seul soit la gloire. Amen.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire